À la périphérie de Nairobi, une activité insoupçonnée se déroule. Malgré leur discrétion par rapport aux éléphants et aux rhinocéros, les fourmis rouges et noires sont devenues un nouvel objectif pour les braconniers, ciblant ces insectes pour les revendre à l'étranger.
Un rapport récent fait état de plusieurs arrestations liées à ce trafic. Parmi elles, celle de deux Belges, âgés de 18 ans, qui ont été capturés en possession de milliers de ces fourmis. Une situation qui a mis en lumière l’ampleur grandissante de ce commerce.
Les stars du trafic : les Messor cephalotes
Au cœur de ce commerce, une espèce fait particulièrement sensation : la Messor cephalotes. D'une taille impressionnante et présentant des couleurs éclatantes, cet insecte est décrit par l'entomologiste kényan Dino Martins comme le "tigre du monde des fourmis". Selon lui, cette mode rappelle le désir superflu de certains de débourser des sommes folles pour un accessoire de luxe.
Les autorités environnementales du Kenya sont en état d'alerte face à ce trafic, et leur lutte s'intensifie. Récemment, la magistrate qui a condamné les deux Belges a établi une comparaison frappante avec la traite des esclaves, soulignant l'impact dévastateur de ce commerce.
Des prix qui s'envolent
Les prix de ces fourmis peuvent atteindre 1.000 euros pour une reine, bien que la plupart soient proposées autour de 200 euros sur divers sites européens. Ryan, un passionné français, partage son expérience d'achat et regrette de ne pas avoir pu développer sa propre colonie, aboutissant à donner ses fourmis à un ami. Il déplore une situation qui affecte l'écosystème local.
Impact environnemental alarmant
Du point de vue environnemental, le trafic de fourmis pose de réelles difficultés. Dino Martins explique que la collecte des reines, qui mettent des décennies à établir une colonie productive, a des conséquences considérables. Les fourmis jouent un rôle essentiel dans leur écosystème, en aidant à la dispersion des graines et en maintenant l'équilibre de leur habitat.
Ce commerce, qui a commencé avec quelques passionnés, a explosé grâce aux plateformes en ligne, intégrant une chaîne complexe d'acteurs allant des braconniers aux revendeurs.
Régulation nécessaire
Les experts appellent à une régulation stricte de ce marché. Jérôme Gippet, chercheur à l'université de Fribourg, plaide pour une commercialisation avec des quotas pour les espèces non menacées. Les autorités kényanes manquent de régulations en matière d'exportation, comme le confirme David Lusweti, avocat spécialisé dans cette affaire.
Ce phénomène, qui pourrait sembler anodin, soulève des questions éthiques et environnementales cruciales. S'il continue à croître sans régulation, le trafic de fourmis pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur le plan écologique.







