Quels mystères vont surgir de ces fouilles ? Le site de l'ancien camp de concentration nazi de Natzweiler-Struthof, le seul sur le sol français, s'apprête à livrer des révélations inestimables grâce à une restauration exhaustive de sa cuisine, un bâtiment emblématique.
Érigée en 1942 par des détenus, cette structure de bois est la dernière de son genre encore debout dans le camp, niché au cœur des Vosges alsaciennes. Elle était jadis le lieu de préparation des repas pour les déportés, souvent des soupes et un peu de pain, offrant un aperçu de leur quotidien difficile.
Ce bloc de cuisine, longtemps utilisé comme espace de stockage, entame maintenant un processus de restauration qui sera accompagné d'un suivi archéologique, crucial pour le projet de valorisation du mémorial du Struthof. À l’issue des travaux, prévus d’ici la fin 2027, les visiteurs pourront pénétrer dans ce bâtiment, comme l’explique Michaël Landolt, directeur du Centre européen du résistant déporté (CERD) : « Notre but est de permettre aux visiteurs de comprendre la vie quotidienne des déportés. »
Le camp, construit durant l'annexion allemande de l'Alsace, a fonctionné entre 1941 et 1944, forçant des milliers de détenus à travailler dans des conditions inhumaines, d'abord pour l'extraction de granite puis pour le désassemblage de moteurs d'avion pour la firme allemande Junkers. Selon les données du mémorial, sur environ 50 000 déportés, 17 000 ont perdu la vie ici.
Bien que peu d’éléments aient survécu à l'insalubrité d'après-guerre, des vestiges notables demeurent, tels que les grands bacs en ciment utilisés pour nettoyer les marmites pesant 50 kg. Les conditions pénibles de leur transport reflètent la détresse des captifs, travaillant sous l'œil vigilant d'un kapo.
Les fouilles ambitionnent d'en dévoiler davantage sur le quotidien des déportés. L’archéologue Juliette Brangé souligne : « Nous espérons découvrir des éléments architecturaux et des objets permettant de réécrire l'histoire de ce bâtiment depuis 1942. » Déjà, des trouvailles comme des fioles en verre, des boutons et un bon pour obtenir de l’eau témoignent d’un passé riche en souffrances. Un document ancien, partiellement effacé, rappelle qu'un détenu avait été condamné aux travaux forcés pour collaboration après la guerre.
Après avoir fouillé le plancher, Juliette Brangé s'attaque maintenant aux parois de la baraque. Avec méthode, elle liste et conserve chaque planche, bientôt restaurée par des artisans de Besançon. Bien que des nids de guêpes aient été la principale découverte jusqu'à présent, elle reste optimiste : « Nous venons de commencer, et il est possible que l'on trouve des objets dissimulés derrière des cloisons. »
Cette minutieuse restauration s'inscrit dans une démarche plus vaste de préservation du mémorial. Michaël Landolt conclut : « Les traces de survie des déportés sont essentielles pour transmettre cette histoire aux générations futures, surtout alors que les témoins de cette époque deviennent de plus en plus rares. »







