Compter ses pas, mesurer sa fréquence cardiaque ou évaluer les calories brûlées lors d'une activité physique sont devenus des réflexes courants, grâce à des montres et applications connectées. Mais peut-on réellement leur faire confiance ? L’équipe de l’émission Derrière nos étiquettes s'est penchée sur cette question cruciale.
Pour un aperçu complet, consultez la vidéo de l’enquête.
Jeter un coup d'œil à sa montre connectée pendant une course est devenu une habitude pour de nombreux sportifs, avides de découvrir des données en temps réel. Un utilisateur témoigne : « Je l’utilise principalement pour le réveil et suivre mes calories au quotidien, surtout quand je fais du sport. » Un autre coureur confie : « Je ne l’enlève presque jamais, excepté pour la recharger. » Grâce à ces appareils, surveiller sa santé est plus accessible que jamais ; « Je suis content quand je réussis à atteindre mon nombre de pas, mais si je n’y arrive pas, je me dis que je devrais rattraper ça le lendemain », raconte un sportif.
Cependant, peut-on accorder une confiance totale à cette multitude de chiffres ? Pour le découvrir, l’équipe de Derrière nos étiquettes a observé des athlètes dans un club de sport, où les montres varient de 130 à 900 euros. Martin Sagnet, fondateur du R3C Running Club, a investi dans un modèle haut de gamme dont il ne se sépare jamais : « Elle m'indique la durée de mes courses, la distance parcourue, mon allure et mon rythme cardiaque. » Bien qu'il apprécie la technologie, il reste sceptique : « Je sais qu'ils proposent des fonctionnalités comme l'électrocardiogramme, mais je pense qu'il est essentiel de prendre ces données avec un certain recul ».
Une marge d'erreur à considérer
Pour valider ces interrogations, une expérience scientifique a été réalisée. Équipés de montres et de téléphones, nous avons collaboré avec Laurent Mourot, enseignant-chercheur à l'Université Marie & Louis Pasteur. « Enfilons un gilet avec des capteurs et un masque à oxygène pour mesurer notre consommation d'air », explique-t-il. Après 18 minutes de marche et de course, les résultats se sont révélés variés selon les dispositifs utilisés.
« La dépense énergétique mesurée par la montre était d'environ 100 kcal, alors que le téléphone n'en notait que 50, une différence qu'on ne peut ignorer », remarque Laurent. L’équipement professionnel a quant à lui mesuré 91 kcal, une estimation proche de celle de la montre. Concernant le rythme cardiaque, il observe : « La moyenne enregistrée par la montre est de 110, tandis que notre appareil indique 123, soit une sous-estimation notable. »
La précision varie d’un capteur à l'autre. « La couleur de la peau, l’épaisseur des poils et d’autres facteurs influencent la manière dont la lumière pénètre et est captée », explique Laurent, qui note une marge d’erreur moyenne de 10 % pour ces appareils.
Des indicateurs utiles mais à prendre avec précaution
Selon Cécile Monteil, pédiatre urgentiste et spécialiste de la santé numérique à l'Hôpital Robert-Debré (AP-HP), ces dispositifs peuvent être des outils utiles. « Pour ceux qui cherchent à se remettre en forme ou à suivre leurs progrès, il n’est pas nécessaire de s’inquiéter outre mesure. Toutefois, il est crucial de ne pas considérer ces données comme médicales », affirme-t-elle.
Avec près de 10 millions de Français utilisant des objets connectés pour leur santé, le marché continue d’évoluer rapidement, soulevant d'importantes questions quant à la fiabilité de ces outils technologiques.







