Un homme cambodgien, récemment expulsé des États-Unis vers l'Eswatini dans le cadre d'un programme controversé, a partagé avec l'AFP son expérience difficile et les atrocités des conditions de détention dans ce royaume africain.
Pheap Rom, installé aux États-Unis depuis 1985, fait partie des 20 individus transférés par l'administration Trump, soulevant des préoccupations parmi les défenseurs des droits de l'homme qui dénoncent ces actions comme une forme de "traite humaine". "Je ne savais pas ce qui m'attendait", a-t-il déclaré lors d'un entretien à Phnom Penh après son rapatriement en mars.
À son arrivée en octobre, Pheap a été accueilli par des militaires cagoulés. "Je ne comprenais pas pourquoi j'étais envoyé en Afrique alors que je suis Cambodgien", a-t-il ajouté, décrivant l'angoisse qu'il a ressentie.
Human Rights Watch a récemment critiqué ces expulsions, les qualifiant d'illégales selon le droit international. Des avocats en Eswatini se sont également exprimés sur les abus subis par les expulsés, affirmant qu'ils sont souvent retenus sans charges et que l'accès à la représentation légale leur est systématiquement refusé.
L'Eswatini, dernier bastion de la monarchie absolue en Afrique, a accepté de recevoir des migrants expulsés contre une somme de 5,1 millions de dollars. Pheap Rom est le deuxième Cambodgien rapatrié après un Jamaïcain en 2025.
Après avoir purgé 15 ans de prison aux États-Unis pour tentative de meurtre, il a été appréhendé à sa sortie par les autorités d'immigration. Cependant, son arrivée en Eswatini a rappelé pour lui les pires moments de son incarcération, ses gardiens n'ayant pas compris qu'il avait déjà purgé sa peine.
Au centre de détention de Matsapha, il a décrit des conditions de vie extrêmement difficiles, avec des sorties limitées et un seul appel par semaine. "Bien qu'un avocat ait proposé de venir, ils ne l'ont jamais laissé entrer", a-t-il assuré, corroboré par d'autres témoignages d'avocats présents sur place.
Le gouvernement eswatiniens, en revanche, a affirmé que les détenus étaient dans de bonnes conditions, recevant des soins adéquats. Les méthodes de l’ICE ont été largement critiquées pour leur brutalité, et le cas de Pheap Rom n’a pas été commenté par l'agence.
La porte-parole du Département américain de la Sécurité intérieure a qualifié les premiers expulsés d'"exceptionnellement dangereux". Chann Rotana, porte-parole du ministère cambodgien des Affaires étrangères, a rétorqué que les États-Unis avaient précédemment renvoyé avec succès des Cambodgiens au pays.
Aujourd'hui de retour à Phnom Penh après avoir passé une grande partie de sa vie en détention, Pheap Rom se dit encore en quête de liberté. "C'est ma seconde chance. Je suis prêt à créer de nouveaux souvenirs ici", a-t-il conclu, exprimant l'espoir de reconstruire sa vie.







