Le parc national des Cévennes exprime une inquiétude grandissante face à l’usage croissant de ChatGPT pour organiser des randonnées. En effet, cette précieuse aide virtuelle se révèle parfois trompeuse, avec des distances souvent sous-estimées et des dénivelés négligés, pouvant mettre en péril la sécurité des randonneurs.
Depuis fin mars, la direction du parc a publié une alerte sur son site, témoignant d'un phénomène inquiétant : de nombreux visiteurs se rendent à l’office de tourisme avec des itinéraires minutieusement élaborés par ChatGPT, espérant simplement obtenir une validation. Cependant, ces propositions sont souvent tout sauf réalistes.
Les agents d'accueil dans d'autres parcs, notamment dans les Pyrénées et dans le parc de la Vanoise, rapportent des cas similaires, où des randonneurs se retrouvent mal préparés à affronter les réalités du terrain. « Nous avons rencontré plusieurs personnes l'été dernier qui ont confirmé avoir été trompées par les conseils fournis par l'IA », indique un responsable du parc des Cévennes.
Ce constat ne se limite pas à la France. Au Canada, deux randonneurs ont été secourus sur l'Unnecessary Mountain après avoir suivi à la lettre les recommandations de ChatGPT, étant mal équipés pour les conditions hivernales. Ils ont finalement été pris en charge par des équipes de sauvetage, qui leur ont fourni des équipements appropriés pour continuer leur aventure.
Des itinéraires déconnectés de la réalité
Un grand modèle de langage (LLM) comme ChatGPT n’a pas une connaissance tangible des sentiers. En effet, pour fournir des réponses, il assemble des informations à partir de diverses sources disponibles en ligne, y compris des blogs et des forums. Malheureusement, ces informations peuvent être obsolètes ou incomplètes, ce qui peut mener à des suggestions trompeuses. Les distances sont souvent systématiquement sous-estimées et le temps de marche est calculé sans tenir compte du dénivelé, une approche ignorée par l’IA. En montagne, la difficulté d’un itinéraire ne se résume pas à la distance, mais doit aussi intégrer la verticalité des parcours.
Par exemple, un itinéraire de 40 km en plaine n’est pas comparable à un autre de la même distance avec un dénivelé positif de 2 000 mètres. Le Comité départemental de randonnée du Doubs souligne que les systèmes d'IA ne s'appuient pas sur des bases cartographiques fiables, telles que celles fournies par l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) ou la Fédération française de randonnée (FFR). Les itinéraires créés peuvent induire les randonneurs à suivre des chemins disparus ou à traverser des lieux dont l'accès est restreint.
De plus, l’état réel des chemins est une donnée également ignorée par l’IA. Un chemin balisé sur une carte numérique peut être fermé depuis des années à cause de glissements de terrain ou de reclassifications en zones protégées. L’IA ne peut pas non plus corréler ces informations avec les conditions météorologiques récentes, augmentant ainsi le risque de mauvaises surprises.
L’IA pour rêver, les professionnels pour marcher
Le parc national des Cévennes envisage l’intelligence artificielle comme un moyen d'encourager la découverte de la région, tout en recommandant de se tourner vers des experts du terrain. Pour planifier efficacement une randonnée, il est essentiel de consulter des professionnels comme les guides de la FFR, ou encore de s'appuyer sur des cartes papier IGN, qui restent indispensables lors des sorties en pleine nature.
Les spécialistes incitent à privilégier l’expérience humaine pour l'organisation des randonnées. Les agents d’accueil, guides de montagne et offices de tourisme locaux sont ceux qui sont le mieux armés pour poser les questions fondamentales, notamment en ce qui concerne le matériel, le niveau physique requis et les prévisions météorologiques.
En somme, même si ChatGPT présente indéniablement des opportunités, il est primordial de rester prudent et de s’appuyer sur des conseils avisés pour profiter pleinement de la randonnée sans mettre sa sécurité en péril.







