En Belgique, où la tradition catholique est forte, l'Eglise se trouve face à une crise de crédibilité. L'évêque d'Anvers, Johan Bonny, met en avant l'urgence de débattre l'ordination des hommes mariés. Dans un entretien accordé à l'AFP, il lance un « cri du cœur » à la hiérarchie de l'Eglise sur cette question cruciale.
Dans la région néerlandophone, où l'on constate un vieillissement des prêtres et une rareté croissante de nouvelles vocations, l'évêque s'ennuie de la situation. Il constate qu'il ne reste plus qu'une centaine de prêtres actifs dans son diocèse, un chute alarmante par rapport aux 1.500 d'il y a plusieurs décennies. « Au secours ! Cela ne va plus », déclare-t-il, soulignant la nécessité d'une réforme.
Une tradition différente
Mgr Bonny évoque également qu'il existe des hommes mariés capables de répondre aux exigences pour devenir prêtres, tout comme ceux qui choisissent le célibat. Il déplore que le célibat soit une condition exclusive dans l'Eglise catholique latine, contrairement au rite oriental où les hommes mariés sont acceptés. Dans son diocèse, Bonny mentionne avoir déjà trois prêtres mariés : deux Ukrainiens et un Bélarusse, illustrant ainsi cette divergence des règles.
Il fait référence à la pratique des rites orientaux pour plaider en faveur d'une évolution de la doctrine au Vatican. Selon lui, tous les rites sont valables et aucun n’est plus ou moins catholique qu’un autre. Il se demande comment expliquer à de jeunes croyants que ce qui est autorisé pour d'autres ne l'est pas pour eux.
Dans sa lettre pastorale de mars dernier, Mgr Bonny a exprimé sa volonté de réfléchir à l'ordre de quelques hommes mariés en Anvers durant les deux prochaines années. Le Vatican n'a pas encore commenté et la conférence des évêques de Belgique prévoit d'examiner cette proposition.
Silence et soutien
Bonny, figure respectée de l'Église en Belgique, a déjà critiqué l'aveuglement de sa propre institution face à des scandales de pédophilie. Il a aussi plaidé pour que l'Eglise bénisse des unions entre couples de même sexe, affirmant que « Dieu aime tous ses enfants ». Dans son plaidoyer pour l’ordination des hommes mariés, il met en avant le besoin d'améliorer le bien-être des prêtres, souvent isolés dans leur vocation. « Personne n’a été créé pour vivre seul », déclare-t-il.
Sa préoccupation ne se limite pas au personnel ecclésiastique, mais touche aussi à l'image de l'Eglise. Un documentaire percutant diffusé en 2023 sur des victimes d’agressions par des prêtres a fait chuter la confiance des fidèles, entraînant un flux de renoncements au baptême. « Nous sommes devenus une Eglise pauvre en nombre, pauvre en crédibilité morale », conclut Mgr Bonny, appelant à inclure toutes les voix dans l'Eglise pour retrouver la confiance perdue.







