La semaine dernière, le Burkina Faso a connu une nouvelle vague de répression avec l'arrestation d'un imam influent, de fidèles et d'étudiants ayant osé critiquer la junte militaire au pouvoir. Ce climat de peur témoigne des restrictions croissantes sur la liberté d'expression.
Le capitaine Ibrahim Traoré, qui a accédé au pouvoir via un coup d'État en 2022, prétend instaurer une « révolution progressiste », tout en réprimant toute voix dissidente, particulièrement celles qui questionnent son efficacité face aux violences jihadistes qui ravagent le pays depuis des années. Selon des rapports de France 24, Traoré semble s'appuyer sur un réseau de soutiens actifs sur les réseaux sociaux pour justifier ces arrestations.
Le modus operandi est familier : des individus masqués, parfois en civil, interpellent ceux qui remettent en question le pouvoir en place. Les conséquences varient : certains sont emprisonnés, quand d'autres sont forcés de rejoindre le front de combat contre les jihadistes. Tragiquement, de nombreuses personnes restent portées disparues.
L'arrestation récente de l'imam Mohamad Ishaq Kindo, longtemps perçu comme un allié de la junte, illustre cette répression. Son seul crime : avoir exprimé des réserves sur un projet de loi encadrant la liberté religieuse, dans un pays où environ 60 % de la population est musulmane.
« La terreur a atteint son paroxysme, » a dénoncé un proche du religieux auprès de l'AFP. « Enlever un leader spirituel avec tant de brutalité et empêcher les fidèles de prier, c'est aller trop loin. » Suite à son interpellation, des partisans ont manifesté pour exiger sa libération, mais plusieurs d'entre eux ont également été arrêtés.
Les témoignages de milieux académiques, tels qu'un enseignant-chercheur de Ouagadougou, soulignent la volonté du régime de restreindre le cadre des discours religieux, ne laissant place qu'aux discours favorisant la paix et la cohésion sociale, au détriment des critiques nécessaires.
Cette répression ne s'arrête pas à la sphère religieuse. Le puissant syndicat étudiant Ugeb a été suspendu et son leader appréhendé après avoir dénoncé les arrestations abusives et l'incapacité du régime à restaurer la sécurité. Un responsable anonyme a déclaré : « Ce qu'aspire ce gouvernement, c'est de liquider tous les mouvements étudiants pour instaurer une pensée unique. »
Malgré ce climat de terreur, certains militants comparent le cadre actuel à un camp d'assujettissement, tout en notant une libération progressive de la parole parmi les jeunes critiques du régime. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux où des jeunes s'opposent de manière virulente à l'administration actuelle, ce qui pourrait présager des changements à venir.
Les soutiens de la junte ne sont pas immunisés contre la répression : l'activiste Mahamadi Baguian, célèbre pour ses louanges au régime, est mort en détention, officiellement déclarée comme « malaise ». Cela soulève plus de questions sur la viabilité de la junte à maintenir son pouvoir au sein d'une population qui, autrefois, saluait son arrivée.
Ainsi, alors que des appels à la retenue émergent de la part du mouvement sunnite de l'imam Kindo, la junte pourrait se retrouver isolée, devant une population de plus en plus résiliente et déterminée à défendre ses droits.







