Dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), la lutte contre l'épidémie d'Ebola est ternie par la désinformation omniprésente sur les réseaux sociaux. Une femme, prétendant être sur place, déclare face caméra : « Le seul endroit où il y a Ebola, c'est sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux ». Cette vidéo, largement partagée, fait écho à une crise déjà alarmante, avec plus d'une centaine de morts confirmées liées au virus.
Les travailleurs de la santé et les ONG, comme ActionAid, se heurtent à une double peine : ils doivent non seulement gérer les nouveaux cas de patients, mais aussi combattre les rumeurs et fausses informations qui circulent. Hemes Nkwa, une médecin épidémiologiste camerounaise, souligne que les accusations contre les autorités sanitaires, souvent perçues comme corrompues ou incompétentes, sont comparables à celles observées durant la pandémie de Covid-19. Des traitements non validés, ainsi que des croyances dans la sorcellerie, compliquent encore davantage la situation.
La méfiance et la lutte contre Ebola
À Ituri, une région particulièrement touchée, ActionsAid indique qu'une personne sur trois doute de l'existence d'Ebola. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avertit que cette désinformation se propage aussi rapidement que le virus lui-même, détériorant la réponse sanitaire. De nombreux patients refusent de se rendre à l’hôpital à cause de la peur engendrée par les fausses informations, faisant ainsi le lit d’une épidémie hors de contrôle.
Cette situation est illustrée par l’incendie de tentes d’Alima, une ONG, à l’hôpital de Rwampara. Des proches de patients, ignorant les consignes de sécurité liées à la maladie, ont montré une hostilité envers les équipes médicales, parfois victimes d'agressions physiques. Mamadou Kaba Barry, un membre d'Alima, rapporte que de telles agressions empêchent une prise en charge efficace des malades.
Démystification et information
Les proches des malades croient souvent que les professionnels de santé se livrent à des trafics d'organes, intensifiant la méfiance. À Bunia, des agents chargés d'enterrements sécurisés ont été agressés à l’approche de familles en deuil, exacerbant la peur et la violence.
Pour réussir à vaincre cette épidémie, les experts s’accordent sur la nécessité de restaurer la confiance au sein des communautés. Travailler avec des leaders locaux et des survivants devenus ambassadeurs de la santé est primordial. Saani Yakubu d’ActionAid explique que ces interactions peuvent restaurer une légitimité et influencer positivement la réponse à l'épidémie de manière significative.
Avec le soutien d’experts et d’acteurs locaux, il est essentiel d’informer clairement la population dans des langues compréhensibles. Cela pourrait s’avérer vital pour l’éradication de la désinformation, qui, bien que chancelante, est également flexible et déterminée, ce qui complique la lutte contre Ebola en RDC.







