Des débris jonchent le sol, témoins d’une violence inacceptable. "Tout est brûlé, il ne reste plus rien", confie Mohammed, propriétaire d'une épicerie orientale à Belfast, dont le magasin a été ravagé lors des récentes émeutes anti-immigrés. Cette tragédie s'est produite après qu'une vidéo d'une agression au couteau impliquant un réfugié soudanais a circulé sur les réseaux sociaux, alimentant les tensions et incitant des manifestations de l'extrême droite.
Alors qu'il se tenait près du Sham Supermarket, l'odeur persistante de plastique brûlé lui rappelle la détresse de sa communauté. Arrivé en 2017 en provenance de Syrie, Mohammed évoque l’accueil chaleureux qu’il avait reçu à son arrivée. "La situation s'est détériorée ces deux ou trois dernières années", dit-il, sa voix tremblante trahissant une profonde angoisse.
Lors des violences, des groupes de jeunes cagoulés ont incendié des véhicules, des commerces et des habitations, prenant pour cibles des logements destinés aux familles immigrées. "Des personnes ont été interpellées dans leur voiture simplement à cause de leur nationalité. C'est inacceptable", a déclaré Hilary Benn, ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, à Sky News.
Husnain, un étudiant pakistanais de 27 ans, n’est pas surpris par cette flambée de violences. Après avoir vu la colère des internautes, il a compris que la situation n’allait pas s'améliorer. "Nous avons peur. Nous vivons cachés", témoigne-t-il, ajoutant que ses amis n’osent plus sortir. La mosquée qu’il fréquente, le Belfast Islamic Centre, a dû fermer temporairement, une première depuis son ouverture il y a près de 50 ans, selon son président, Mohammed Arshed.
Ce dernier affirme que la population immigrée a considérablement augmenté à Belfast ces dernières années. "Cela a peut-être inquiété certaines personnes, mais il n'y a pas de raison de craindre ces nouveaux arrivants, qui sont pour la plupart pacifiques", souligne-t-il. Malgré les conseils de prudence de ses enfants, il refuse de rester cloîtré et déclare avec fermeté: "Nous avons le droit de sortir dans la rue."
Sultan, le fils du propriétaire du Sham Supermarket, dévoile les conséquences financières des émeutes: son autre magasin est fermé depuis le début des troubles. "Tous les commerces sont affectés. Les gens perdent de l'argent à chaque minute", déplore-t-il, pointant du doigt les pertes, estimées à 400.000 livres (environ 460.000 euros). Malgré cette dure réalité, il garde espoir. "On ne peut pas décrire ce que l'on ressent, mais nous espérons pouvoir reconstruire. La vie ne doit pas s'arrêter ici."







