Depuis le début de la guerre civile en Birmanie, consécutive au coup d'État militaire de 2021, plus de 100 000 personnes ont perdu la vie, selon une organisation spécialisée. Ce chiffre, rapporté par l'ONG Acled (Armed Conflict Location and Event Data), chiffre tragiquement toutes les pertes humaines depuis le début de ce conflit dévastateur.
Il y a cinq ans, l'armée a mis fin à une décennie de transition démocratique, renversant le gouvernement légitimement élu d'Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix. L'armée a rapidement intensifié la répression contre les manifestations pacifiques, poussant de nombreux militants pro-démocratie à rejoindre les rangs de groupes armés, principalement issus des minorités ethniques qui ont longtemps contesté le pouvoir central.
D'après les dernières données, 100 114 personnes ont été tuées dans les affrontements, mais il est important de noter qu'il n'existe pas de bilan officiel et que les estimations diffèrent considérablement. Les analystes s'accordent à dire que ce conflit est le plus meurtrier actuellement en Asie. "C'est une douleur sans fin", a partagé Thein Aye Nu, 49 ans, dont le mari a été tué lors d'une frappe aérienne. "Je suis en colère, mais je ne sais même plus contre qui diriger cette colère".
Le leader militaire, Min Aung Hlaing, a récemment été nommé président, après une élection jugée comme une manœuvre pour donner une apparence civile à un régime militaire encore au pouvoir. "S'il n'y avait pas eu de coup d'État, les enfants seraient à l'école", a déclaré un père de famille de la région centrale de Magway, dont le fils a été tué après avoir rejoint des rebelles.
L'ONU estime que plus de 3,7 millions de personnes sont déplacées et qu'une personne sur cinq fait face à l'insécurité alimentaire. Bien que Rangoun, la plus grande ville, semble vivre une certaine normalité, elle est régulièrement secouée par des assassinats, tandis que d'autres régions subissent des attaques aériennes quotidiennes par les forces militaires, soutenues par des armements russes et chinois.
L'Acled a relevé plus de 1 200 groupes armés distincts impliqués dans cette guerre, qualifiant le conflit de "plus fragmenté au monde". Sun Mon Thant, analyste pour l'Acled, a indiqué : "Le conflit s'est propagé dans tout le pays, entraînant davantage de massacres. L'armée vise des écoles, des cliniques et des prisons..."
La dynamique de la guerre a évolué avec le temps. Récemment, une offensive conjointe de groupes rebelles a permis d'importantes avancées près de Mandalay. Cependant, le soutien de la Chine à l'armée et la signature de trêves avec des groupes armés majeurs ont permis à cette dernière de regagner du terrain. En février 2024, l'état-major a instauré la conscription, enrôlant de force environ 50 000 civils. "Ces conscrits n'ont aucune chance", a témoigné un jeune homme ayant déserté après six mois de combat. "Si tu ne meurs pas là, on t’envoie ailleurs".
Cette guerre a non seulement des conséquences internes, mais elle affecte aussi les pays voisins. De nombreux réfugiés ont fui vers la Thaïlande et le Bangladesh, créant une crise humanitaire régionale. Des groupes armés, de tous bords, financent le conflit grâce aux gains du trafic de drogues, comme l'héroïne et la méthamphétamine. Les zones frontalières, mal contrôlées, sont même devenues des bases pour des arnaques en ligne, souvent surveillées par des milices armées.







