Une avancée cruciale. La justice administrative française a déclaré ce vendredi l'État responsable pour n'avoir pas pris les mesures nécessaires afin d'élucider les circonstances entourant le décès d'un tirailleur africain abattu lors du massacre de Thiaroye en 1944.
Dans un communiqué, le tribunal administratif de Paris affirme que « les autorités françaises », après avoir fourni plusieurs informations erronées à la famille du soldat dans les années ayant suivi sa mort, n'ont ensuite pas utilisé tous les moyens à leur portée pour faire la lumière sur les circonstances précises de la mort du combattant africain ainsi que sur son lieu de sépulture.
Le 1er décembre 1944, l'armée française avait ouvert le feu à Thiaroye, près de Dakar, sur des tirailleurs provenant de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, qui avaient combattu pour la France et réclamaient leur solde. Aujourd'hui, le mystère persiste quant aux circonstances de la tuerie, au nombre de victimes et à leur lieu d'inhumation.
Ce traumatisme demeure présent non seulement au Sénégal, mais aussi dans les pays d'origine de ces soldats, tels que le Mali, la Côte d'Ivoire, la Guinée et le Burkina Faso. En novembre 2024, à l'approche du 80ème anniversaire de ce massacre, le président français Emmanuel Macron a reconnu que les forces coloniales françaises avaient commis un « massacre » à Thiaroye.
« Vérité historique »
Sans identifier le soldat en question, le tribunal administratif de Paris a précisé qu'il ne pouvait condamner la France pour le décès lui-même, en raison de la prescription des faits. Il a donc décidé d'indemniser le fils du combattant à hauteur de 10 000 euros pour le préjudice moral causé par l'absence de recherche sur les circonstances de la mort de son père.
Le tribunal a souligné qu'après le décès, la France avait communiqués plusieurs informations fallacieuses à la famille, en indiquant que le tirailleur avait été un déserteur, que sa solde avait été entièrement versée et que les réactions des soldats français étaient appropriées face aux événements. Ces affirmations ont été reconnues comme fausses par la France, qui a admis en 2019 qu'il n'était pas déserteur, et en 2024 qu'il était « mort pour la France ». Pourtant, les autorités n'ont pas utilisé tous les moyens à leur disposition pour élucider les circonstances de sa mort et son lieu de sépulture.
D'après le tribunal, les manquements dans la mise en œuvre des moyens pouvant éclairer le décès doivent être perçus comme une faute engageant la responsabilité de l'État.







