Quel lien unit cheesecakes, burritos, macarons et sushis ? Flattés par nos filtres de smartphones, ces plats sont devenus les principales vedettes des réseaux sociaux. Ce phénomène, connu sous le nom de foodporn, suscite un mélange d'admiration et de controverse. "Porn" évoque ici le désir, parfois jusqu'à l'obsession. Mais sommes-nous tous devenus des food-pornistes ?
Les vertus du foodporn
Ariane Grumbach, diététicienne-nutritionniste
Le foodporn peut-il vraiment enrichir notre expérience culinaire ?
À mon avis, le terme "foodporn" est mal choisi. Il évoque l'excès, alors qu'en vérité, cela valorise l'expérience gastronomique. La nourriture n'est plus une simple nécessité, elle devient une fête pour les sens. Cela permet aussi à ceux qui mangent seuls d'accorder une attention particulière à leurs plats, au lieu de se contenter d'un repas vite fait. De plus, cela favorise l'appartenance à une communauté gastronomique.
Une image savoureuse incite-t-elle vraiment à l'action ? Absolument ! C'est d'ailleurs l'objectif. On ne partage jamais une création culinaire peu attrayante. Une belle photo transmet le message qu'un plat peut être simple à réaliser. Cela crée également des souvenirs et renforce les liens sociaux. Cependant, certaines personnes souffrant de troubles alimentaires peuvent éviter de partager leurs repas. Cela reste l'exception plutôt que la règle.
Les critiques du foodporn
Pascale Hébel, spécialiste de la consommation
Le foodporn, est-il véritablement le reflet du plaisir de manger ?
Non, le véritable plaisir réside dans le partage et le goût. Une image ne peut pas capturer ces nuances. En France, partager un repas revêt une dimension sociale, mais une photo isole le plat de l'expérience collective. Cuisiner est un art, mais goûter reste l’élément clé. Cette obsession visuelle peut de plus parfois révéler des comportements alimentaires déséquilibrés.
Le foodporn normalise-t-il des habitudes alimentaires malsaines ? Effectivement, ce phénomène peut banaliser la consommation excessive. En montrant des plats riches de manière attrayante, on risque de normaliser des comportements nocifs pour la santé.
De la passion à l'excès : une ligne floue
Au restaurant ou à la maison, photographier son assiette est devenu un rituel. Autrefois, on visait le spectaculaire. Aujourd'hui, la tendance penche vers le minimalisme créatif, avec une touche artistique. Cependant, cette quête de "likes" transforme parfois les plats en objets de convoitise sociale. En Allemagne, le partage de ces images peut même entraîner des sanctions, car il est considéré comme une violation des droits d'auteur des restaurateurs. La créativité culinaire se retrouve ainsi compromise par une volonté de gagner en visibilité sur les réseaux.







