À l’approche de son départ, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a proposé une analyse contrastée de l’économie française. Dans sa dernière lettre annuelle au Président de la République, il a souligné l’importance de transcender les "urgences" et "polémiques" actuelles, tout en reconnaissant des résultats mitigés depuis 2010.
Dans un contexte marqué par une "incertitude exceptionnelle", exacerbée par le conflit au Moyen-Orient, il prédit que la France parviendra probablement à "éviter la récession". Malgré une croissance nulle au premier trimestre, d'après les données de l'INSEE, il estime que l'économie continuera sur un "chemin de croissance ralentie mais positive" jusqu'à 2028.
Malgré une inflation passant de 1,1 % en février à 2,5 % en avril, il prévoit un retour à des niveaux inférieurs à 2 % après une "poussée" à l'horizon 2026. Cependant, il souligne aussi l'"imprévisibilité" du choc économique actuel et conseille de se préparer à différents scénarios, dont le pire pourrait conduire à une croissance de seulement 0,3 % cette année.
Villeroy de Galhau examine également la performance économique de la France sur les quinze dernières années. Sa conclusion souligne une croissance annuelle moyenne d’environ 1,1 %, comparable à celle de la zone euro, mais loin derrière les États-Unis. En revanche, il souligne le progrès significatif dans la réduction du chômage et l'amélioration des taux d'emploi, en particulier chez les seniors.
Séduit par la dynamique des finances privées en France, il met aussi en avant une inflation relativement faible par rapport aux autres pays de l’union. Malgré une perception négative ambiante, il note que le pouvoir d'achat des ménages a progressé de 0,7 % par an en moyenne, une relative surprise aux yeux des Français.
Face à ces différents paradoxes, le gouverneur fait remarquer que l’économie française possède toujours des atouts, mais se doit d’améliorer certains aspects essentiels. Il évoque la nécessité de rendre les dépenses publiques plus efficaces et de gérer judicieusement les dépenses sociales, surtout en matière de retraites. Il s'inspire des modèles nordiques qui allient solidarité sociale et discipline budgétaire.
Il recommande également de repenser la "solidarité intergénérationnelle", insistant sur le fait que les choix actuels, souvent en faveur des seniors, compromettent l'avenir. Pour soutenir la croissance et la productivité, il appelle à renforcer l'innovation, améliorer le système éducatif et mieux préparer les compétences professionnelles.
Selon ses prévisions, avec des ajustements appropriés, la France pourrait augmenter sa croissance potentielle de 1 % à 1,5 % en moins de dix ans. Pour cela, il est crucial de dépasser les débats stériles qui freinent le progrès du pays.







