Sultan al-Jaber, ministre de l'Industrie des Émirats arabes unis et directeur général de la compagnie nationale Adnoc, a affirmé que la décision du pays de quitter l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) « n'est dirigée contre personne ». Ce choix surprenant, annoncé la semaine dernière, représente un défi significatif pour l'alliance dominée par l'Arabie saoudite et la coalition Opep+, qui inclut également la Russie.
« Ce repositionnement sur la scène énergétique mondiale répond à des intérêts nationaux et à des objectifs stratégiques à long terme », a-t-il précisé lors d'une conférence à Abou Dhabi. Le retrait, effectif depuis début mai, vise à permettre une plus grande flexibilité pour le développement économique des Émirats.
Cette décision s'inscrit dans une stratégie plus large visant à restructurer l'économie et à renforcer la résilience de la base industrielle des Émirats, déjà touchée par des tensions récentes avec l'Arabie saoudite, avec laquelle ils étaient traditionnellement alliés.
Fondée en 1960, l'Opep, qui compte actuellement 12 membres, a élargi son influence en 2016 avec l'alliance Opep+, formée avec d'autres pays producteurs comme la Russie, dans le but de réguler l'offre et de stabiliser les prix face à la concurrence américaine.
Les analystes estiment que le départ des Émirats, membres depuis 1967, a des implications bien plus importantes que celles précédemment causées par le Qatar en 2019 ou l'Angola. En tant que quatrième producteur en volume au sein de l'Opep+, Abou Dhabi possède également des capacités de production largement inexploitées, lui conférant un pouvoir essentiel dans la régulation du marché.
De plus, les Émirats, déjà touchés par des attaques iraniennes en réponse à des offensives israélo-américaines, sont déterminés à ne plus être entravés par les quotas de l'Opep une fois que le conflit sera apaisé. Au cours des dernières années, le pays a investi massivement dans ses infrastructures pétrolières, avec l'ambition d'atteindre une capacité de production de 5 millions de barils par jour d'ici à 2027, bien au-delà de leur quota actuel de 3,5 millions de barils par jour.
En parallèle, le pays cherche à diversifier ses sources de revenus en développant des secteurs comme l'intelligence artificielle et l'industrie de défense. Comme l'a déclaré Fayçal al-Bannaï, président du EDGE Group, les Émirats ont atteint l'autosuffisance en matière de dispositifs de brouillage, essentiels pour les systèmes de défense anti-aérienne. Il a également mentionné qu'un impressionnant 85 % des drones lancés contre le pays lors des récentes escalades ont été neutralisés grâce à ces technologies.
« Notre objectif est de produire localement tout ce qui concerne la défense anti-aérienne dans les années à venir », a-t-il affirmé. Cette volonté d'autonomie et ces réformes stratégiques marquent un tournant décisif pour les Émirats dans un monde de plus en plus incertain.







