Dans le port de Iérapetra, en Crète, Alexis Charlambakis, un pêcheur expérimenté, montre un poisson-ballon qu'il a capturé. "Si l’un d’eux vous mord, il peut vous sectionner un doigt!", s’alarme-t-il. "Ils ravagent notre mer!".
Ces poissons toxiques, connus sous le nom de Lagocephalus sceleratus, ont provoqué des pertes considérables dans la biodiversité marine. Un témoignage de la dévastation : des poissons comme le pagre commun gisent, partiellement dévorés, à bord d’un autre bateau.
Alexis déplore : "Ils ne laissent rien derrière eux!". Cette espèce est devenue l'un des plus grands défis écologiques de la Méditerranée orientale. Initialement présents en mer Rouge, ces poissons ont trouvé leur chemin vers la Méditerranée via le Canal de Suez, comme l’a rapporté l’Université Côte d'Azur.
La prolifération de ces poissons en Crète illustre comment le réchauffement climatique fragilise les écosystèmes marins. Les pêcheurs localisent de moins en moins de prises en raison de la présence de ces poissons qui mesurent généralement entre 40 et 60 cm.
"C’est un poisson omnivore qui mange tout ce qu’il rencontre," explique Giannis Giankakis, un autre pêcheur. "Il n’a pas de prédateurs naturels, donc rien ne l'arrête dans sa quête alimentaire." Ses énormes dents dévastatrices ne se contentent pas de perturber les écosystèmes : ils endommagent également les filets de pêche. Babis Doriakis, âgé de 25 ans, révèle : "Nous laissons nos filets dans l’eau une heure, pas plus, car ils les déchiquettent en un rien de temps".
Une étude de Nota Peristeraki, biologiste marine au Centre hellénique de recherche marine (HCMR), estime que les dégâts causés par ces poissons entraînent des pertes de revenus s'élevant à environ 8.500 euros par an par bateau. "Le boulot est de plus en plus difficile chaque année", se lamenter Kostis Zevelekakis, un pêcheur de 53 ans. "L’État doit faire davantage pour nous aider à contrôler leur population."
Au-delà du problème économique, les poissons-ballons posent un risque pour la santé humaine. Leur chair contient de la tétrodotoxine, une substance hautement toxique, comme l'indique Thekla Anastasiou du HCMR, qui avertit que "cela peut mener à des arrêts cardiaques ou respiratoires".
Avec près de 200 espèces de poissons-ballons dans les eaux tropicales, trois d'entre elles ont été repérées en Méditerranée orientale, avec un premier relevé en Grèce en 2005. Ces espèces se sont rapidement répandues, et Nota Peristeraki insiste sur la nécessité de gérer leur population.
Dans un rapport récent, le WWF a mis en lumière la surpopulation de poissons invasifs sur le marché grec. "La mer regorge de rascasses volantes, de poissons-ballons et d'autres espèces invasives", note Lambis Atzarakis, président des pêcheurs de Iérapetra. Il est crucial d’agir, car les poissons-ballons sont actuellement catalogués comme "déchets de classe 1", ce qui nécessite une gestion appropriée selon les normes européennes, précise le chimiste Manolis Mandalakis du HCMR.
Des projets de recherche visent à neutraliser la toxine de ces poissons pour potentiellement les rendre comestibles, avec un taux de neutralisation atteint de 90%. "Le poisson-ballon reste un poisson. Il contient des protéines de haute valeur nutritionnelle," conclut M. Mandalakis, tandis que la recherche continue pour transformer ce défi en opportunité.







