Le 8 septembre 2026 s’ouvrira le procès de Luigi Mangione, soupçonné d’avoir abattu en 2024 le PDG d’United Healthcare. En France, une affaire similaire ébranla l'opinion publique il y a un siècle.
Le 14 février 1922, à Paris, un jeune ouvrier de 20 ans, Marcel Muller, armé d'un revolver, tue le chef du contentieux de son entreprise, la Compagnie générale d’électricité, après que son indemnisation ait été jugée insuffisante. Ce drame, qui laisse aussi deux policiers blessés lors de l'arrestation de Muller, engendre une couverture médiatique intense, le transformant rapidement en ce que l’on nommera l'« affaire Muller ». Selon Morgan Poggioli, chercheur à l’université Bourgogne Europe et auteur de L’affaire Muller. Politiser les corps brisés, ces événements révèlent des failles systémiques au sein des assurances.
L’affaire Muller devient un symbole des luttes pour la reconnaissance des mutilés, à une époque où les questions de santé publique étaient souvent ignorées. La loi de 1898 sur les accidents du travail, qui devait protéger les travailleurs, est remise en question. Les organisations de défense des mutilés s’en emparent pour dénoncer une législation qui condamne leurs membres à la misère.
Du fait divers au fait de société
L’impact médiatique de l’affaire Muller force le gouvernement à réagir. À la suite de l'intérêt public croissant, la législation de 1898 est amendée, et Muller est acquitté en octobre 1922, après un procès hautement médiatisé. Des experts comme le psychologue Henri Wallon et des figures politiques de renom sont impliqués, ce qui montre l'importance du sujet pour la société de l'époque.
Muller et Mangione : des histoires parallèles
Un siècle plus tard, l'affaire de Luigi Mangione soulève des parallèles troublants avec celle de Marcel Muller. Les deux hommes, de bonne famille mais jeunes, se retrouvent en situation désespérée face à un système qu'ils perçoivent comme défaillant. Les réclamations des deux jeunes hommes sont similaires, témoignant d’une souffrance face aux injustices systématiques des compagnies d’assurances.
L’implication des assurances apparaît comme un fil conducteur, où la souffrance physique et morale des accusés rappelle les abus qu’ils ont subis. Comme le souligne Courrier International, les opinions publiques semblent comprendre le geste de Mangione, tout comme celles qui, en 1922, manifestaient leur empathie envers Muller.
Le poids des opinions publiques
En France, le soutien aux mutilés de guerre influença la perception de l’affaire Muller, alors qu'aux États-Unis, les préoccupations sur les soins de santé privés dessinent le contexte de l'affaire Mangione. En 1922, la guerre avait laissé des millions d'invalides, créant une sensibilité accrue. Aujourd'hui, les abréviations des pratiques abusives des compagnies d'assurance suscitent une crise similaire, illustrant que les défis de la santé publique perdurent.
Marcel Muller et Luigi Mangione sont ainsi devenus des figures de la lutte contre des systèmes jugés injustes, leurs histoires résonnant avec force à travers le temps, posant la question : jusqu'où la société doit-elle aller pour protéger ses plus vulnérables ?







