Muriel Gilbert nous invite à explorer le langage coloré des habitants de la région.
Ce jour, cap au sud et légèrement à l’est, loin de la mer Méditerranée, où deux ouvrages m’ont incité à cette exploration régionale. La collection intitulée "Ça se dit comme ça" de Le Robert nous plonge dans les subtilités du français local.
Parmi les derniers ajouts, Ça se dit comme ça à Lyon et Ça se dit comme ça à Saint-Étienne offrent un mélange d’érudition et d’humour. J’y ai découvert que le français stéphanois est connu sous le terme "gaga", et que les habitants de Saint-Étienne sont eux-mêmes désignés comme des gagas ou des gagasses. Un peu comme les "gones" de Lyon, même si ce terme a des racines plus spécifiques : selon le Larousse, il évoque "un enfant des rues ou un gamin", mais il s’est étendu pour englober tous les Lyonnais.
Des mots savoureux émergent du dialogue lyonnais, et plusieurs sont aussi utilisés à Saint-Étienne, les deux villes étant voisines. Par exemple, un "gone" peut être qualifié de "tarabate", terme qui signifie turbulent ou remuant. Plutôt que d'être un "caquenano", c'est-à-dire quelqu'un d'idiot, qui, littéralement, "fait caca au lit". J'apprécie particulièrement le verbe "décoconner", qui évoque le plaisir de plaisanter ou de perdre la raison. À l’origine, ce mot faisait référence à l’action de détacher les cocons des vers à soie, une activité collective propice aux bavardages.
“Comme on s’est régalés. Affreux !”
Dans le registre des mots en "dé", j'affectionne le verbe "déparler", qui signifie divaguer. Par exemple : "Il ne faut pas croire ce qu’il dit : il parle pas, il déparle." À Saint-Étienne, un vocabulaire coloré existe aussi : un Stéphanois évitera de "déprofiter", soit de gaspiller. Une phrase du style : "Je vais finir les croissants, faut pas déprofiter" illustre bien cela. Attention aux faux amis, car si un Stéphanois évoque une soirée "affreuse", imaginez-vous qu’il a, en réalité, passé un moment formidable.







