Des mères appelant à la libération des prisonniers politiques, des travailleurs revendiquant de meilleures conditions, des retraités marchant pour des pensions plus justes : un nouvel élan de protestation voit le jour au Venezuela, désormais débarrassé de l’emprise de Nicolas Maduro, qualifié de dictateur par ses opposants.
La répression brutale qui a suivi la réélection contestée de Maduro en 2024 - avec plus de 20 morts et des arrestations massives - avait silencieusement étouffé toute forme de contestation, rendant les discussions publiques quasi impossibles. Les événements de 2017, marqués par de violentes manifestations antigouvernementales, avaient déjà suscité de vives inquiétudes en matière de droits humains.
Depuis la capture de Maduro par l'armée américaine le 3 janvier, l'atmosphère semble se dégager et les voix s'élèvent peu à peu. Selon Diego Casanova, militant de 30 ans, il y a maintenant "un avant et un après" cet événement.
"Il n'y a pas de liberté !" clame-t-il, armé d'un mégaphone lors d'un récent rassemblement à Caracas, où un groupe de femmes brandit des photos de leurs proches incarcérés. Les pancartes exigent la fermeture des "centres de torture", symboles de l'horreur d'un régime répressif.
Des policiers, visiblement inactifs, observent la scène. Autrefois, une telle assemblée aurait rapidement été dispersée sous le régime de Maduro, indique un participant.
"Bien qu'ils aient toujours cet appétit de persécution, le coût politique de leurs actions est désormais plus élevé, et le peuple le perçoit", explique Casanova.
- Manifester, mais "avec crainte" -
Sous la présidence par intérim de Delcy Rodriguez, le pays est en proie à une pression grandissante venant des États-Unis, qui affirment contrôler la situation. "La chute de Maduro a ouvert un champ de possibilités, mais suscite également de nombreuses interrogations", confie Danny Socorro, directeur de l'École de psychologie de l'université privée catholique Andrés Bello.
Les Vénézuéliens songent à manifester, mais cela reste teinté d'une certaine angoisse dans un climat d’incertitude alors que le chavisme, la doctrine héritée de Hugo Chavez, est toujours présent au pouvoir.
Nely Molina, retraitée de 76 ans, témoigne avoir hésité à se joindre aux manifestations par peur. "Mais les choses ont un peu changé" depuis l’incarcération de Maduro à New York, accusé de narcotrafic, témoigne-t-elle. Elle s’est finalement jointe à d'autres retraités pour faire entendre leur voix face à des pensions jugées dérisoires.
La grave crise économique, où la majorité des familles ne parviennent pas à atteindre le minimum alimentaire de 700 dollars, incite davantage de gens à revendiquer leurs droits. L'Observatoire vénézuélien des conflits sociaux signale une hausse de 144% des manifestations au premier trimestre 2025 par rapport à l’année précédente.
"Nous jouissons de plus de liberté pour nous exprimer", affirme une retraitée. Dans un contexte paradoxal, un nombre réduit de policiers vient observer sans intervenir lors des rassemblements, même à proximité du palais présidentiel de Miraflores, reconnu pour sa sécurité massive.
Dilsia Caro, 50 ans, se remémore le climat de terreur qui régnait avant cet essor. "Avant, manifester signifiait risquer son arrestation", souligne-t-elle. Aujourd'hui, malgré l'état d'exception toujours en vigueur, elle se sent prête à crier pour la libération de son mari, prisonnier d'opinion.
- Répression "sélective" -
Devant la prison de Rodeo I, des familles passent des semaines à attendre, exigeant la libération de prisonniers politiques. D'autres femmes, mobilisées par la cause, ont même initié une grève de la faim devant la prison de Zona 7, jusqu'à ce qu'une loi d'amnistie soit adoptée récemment.
Des militants font état de détentions arbitraires éphémères lors des manifestations, tandis que l'Observatoire rapporte que la répression a évolué vers des pratiques plus sophistiquées et moins visibles.
"L'appareil répressif est encore en place", avertit Casanova, tout en s'efforçant de garder espoir face à cette lutte pour la justice et la liberté.







