Le Parlement européen a lancé une enquête concernant le groupe créé en 2024 par l’AfD allemande, ce qui pourrait entraîner une perte de 2 millions d’euros en subventions pour ce dernier.
« Des enfants musulmans, déjà majoritaires, […] harcèlent des enfants allemands » ; « Refranciser et rechristianiser, c’est la même chose... Pour être français, il ne faut pas être catholique mais il faut être imprégné de christianisme ». Ces déclarations, faites respectivement par la cheffe de file de l’AfD, Alice Weidel, en août 2024, et par le leader de Reconquête, Éric Zemmour, en novembre 2025, pourraient coûter très cher à l’ESN (Europe des nations souveraines), la formation commune de l’AfD, dont Sarah Knafo (Reconquête) est vice-présidente.
L’ESN pourrait non seulement perdre près de 2 millions d’euros par an en subventions du Parlement européen mais également son statut de 'parti politique européen'. Cette décision a été adoptée à une très large majorité lors d’un vote à Strasbourg. Les eurodéputés, allant du PPE à la gauche radicale, ont accédé à la demande de l’Autorité pour les partis politiques européens (APPF) d'enquêter sur ce qu'elle qualifie de violations des valeurs fondamentales de l'UE.
Pour la première fois dans l'histoire des partis politiques européens, cette enquête se concentre sur des discours jugés problématiques plutôt que sur des irrégularités financières, un coup dur pour l’AfD, qui est actuellement en tête des sondages en Allemagne et fait l’objet d’une surveillance accrue pour ses positions extrêmes.
Les propos homophobes, islamophobes, ou antisémites émis par diverses personnalités de l’ESN, y compris des membres du parti bulgare Vazrazhdane, qui a osé établir un lien entre homosexualité et pédophilie, sont en tête des préoccupations. Le chef de ce dernier parti avait même regretté que « Adolf Hitler n’ait pas vécu plus longtemps ».
Ceux-ci ont provoqué un tollé et ont conduit des dirigeants comme Jordan Bardella à se distancier de certains membres de l’AfD, notamment Maximilian Krah qui, en mai 2024, avait un jour déclaré que « tout SS ne devrait pas être considéré automatiquement comme un criminel ».
Pour l'APPF, ces déclarations vont à l'encontre des valeurs sur lesquelles l’Union est fondée, y compris la dignité humaine, la démocratie et les droits de l’homme. Le règlement stipule que les partis européens doivent adhérer à ces principes pour conserver leur statut et recevoir des financements.
Daniel Freund, éminent eurodéputé des Verts, a souligné l'importance de cette décision, la qualifiant de « signal fort », et a noté qu'elle bénéficie d'un large consensus, à l'exception des groupes conservateurs comme celui de Giorgia Meloni.
Il rappelle aussi que ces valeurs sont inscrites dans la loi fondamentale allemande, rendant la situation encore plus pressante pour l’AfD.
Pour Eric Maurice du European Policy Center à Bruxelles, cette enquête pourrait fournir une meilleure compréhension de la nature du parti allemand et porter préjudice à la campagne de Reconquête pour les élections présidentielles de 2027.
Cependant, il reste prudent, notant que l’enquête de l’APPF pourrait prendre de neuf à douze mois et que le groupe a la possibilité de contester ses conclusions. Selon Freund, « un parti peut encore corriger les erreurs qui lui sont reprochées ». Toutefois, une éventuelle déqualification de l’ESN pourrait avoir peu d'impact sur le vote des électeurs allemands.







