Le Parlement européen a donné le feu vert, le 17 juin, à l'utilisation des nouvelles techniques génomiques (NGT) en agriculture. Ces techniques promettent d'améliorer la résistance des cultures face à la sécheresse et aux maladies, suscitant cependant des inquiétudes parmi les défenseurs de l'environnement et les petits exploitants.
Cette autorisation marque un tournant important, réintroduisant les OGM dans l'Union européenne après plus de 30 ans d'interdiction. Les députés européens ont rejeté tous les amendements qui auraient pu retarder l'application de cette réglementation. Selon Midi Libre, les NGT permettent de modifier le génome des plantes sans introduire d'ADN étranger, ce qui les distingue des OGM traditionnels.
Jusqu'à présent interdits dans l'UE
Le débat autour des biotechnologies est houleux en Europe, divisant un secteur agricole déjà fragmenté. Les NGT ont été classées comme OGM, tous prohibés dans l'UE, sauf quelques exceptions comme le maïs Monsanto 810, cultivé dans des régions limitées d'Espagne et du Portugal. Jessica Polfjärd, eurodéputée suédoise (PPE), défend cette technologie, déclarant qu'elle pourrait permettre de « cultiver des plantes plus résistantes au changement climatique et d'augmenter les rendements sur de plus petites surfaces ».
Ce projet de loi bénéficie du soutien de nombreux agriculteurs, notamment dans les Antilles, qui luttent contre un champignon ravageur affectant les bananeraies. Copa-Cogeca, une organisation agricole influente, ainsi que de grands semenciers, plaident également pour cette réglementation, invoquant la nécessité de compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, où ces technologies sont déjà utilisées.
Cependant, des agriculteurs bio et de petites exploitations s'opposent fermement à cette initiative, craignant une dégradation de l'environnement et des risques collatéraux.
« Un risque de concentration du marché »
Le jour précédent le vote, la Confédération paysanne, un syndicat agricole français, a organisé une manifestation devant le Parlement européen pour s'opposer au texte. Thomas Gibert, un porte-parole de la Confédération et maraîcher en Haute-Vienne, met en garde contre les NGT, les qualifiant de risque majeur pour l'homogénéisation des cultures. Il souligne que cette loi pourrait également aboutir à une « privatisation » des ressources biologiques, soutenue par un « lobby agro-industriel très puissant ».
Christophe Clergeau, député socialiste, a tenté sans succès de modifier le texte pour exclure les brevets sur les NGT, préconisant que l'adoption de ces brevets pourrait concentrer le marché entre les mains de quelques multinationales et causer la disparition progressive des petits producteurs de semences européens.
Les NGT ont été largement soutenues par la droite et le centre au sein du Parlement, qui pense avoir obtenu des garanties quant aux techniques approuvées. Aucune NGT n'ayant une résistance accrue aux herbicides ou produisant des insecticides ne sera autorisée sur le marché, ce qu'on attribue à des préoccupations de durabilité. Par ailleurs, il n'y aura aucune autorisation pour les NGT dans l'agriculture biologique. Ces nouvelles règles sont vues par certains comme un moyen d'assurer la durabilité de l'agriculture européenne tout en répondant aux défis environnementaux actuels.







