TÉMOIGNAGES. Plus de 20 000 jeunes catholiques ont marché ce week-end de Pentecôte sur le chemin reliant Paris à Chartres, témoignant d'une ferveur religieuse sans précédent. Cette édition 2023, organisée par l'association Notre-Dame de Chrétienté, atteint un record pour cet événement traditionnel.
Des drapeaux et des croix furent visibles sur de nombreux kilomètres, sous un soleil ardent. Parmi les participants, Marie-Alix, 18 ans, confie : « Malgré les ampoules, j’ai continué à avancer. On en ressort transformés. » Ce pèlerinage offre une parenthèse méditative, où les jeunes se déconnectent des préoccupations quotidiennes, souvent jugées superficielles.
« On partage des moments réels, pas uniquement photographiables, même si on prend tous des stories », ajoute-t-elle avec un sourire. Floria Alamouti, cheffe de chapitre pour la région Est, souligne l’importance de la solidarité : « Cette époque n’offre plus beaucoup d'espoir. Se retrouver à 20 000 pour prier ensemble aide à donner racine à une jeunesse souvent sans repères. »
Une épreuve physique et spirituelle
Le pèlerinage représente un défi à la fois physique et spirituel. Henri d’Anselme, membre actif, indique que sur son chapitre de 75 personnes, seulement 25 ont réussi à parcourir les 100 kilomètres. « Dormir quatre heures par nuit sous une tente devient une forme d’ascèse », assure-t-il, témoignant de la rigueur du parcours.
Maria-Katrina Cortez, sociologue, met en lumière l'aspect ascétique qui attire de nombreux jeunes. Dans une société axée sur le confort immédiat, l'effort devient une quête spirituelle et de purification. « J’étais bénévole dans la gestion des sacs », raconte Perrine, 23 ans. « Chaque matin à 5 heures, nous chargions 20 000 sacs dans des camions pour les répartir ensuite. C'était une vue saisissante. »
Un melting-pot social
Ce pèlerinage attire une jeunesse plutôt catholique pratiquante, mais pas exclusivement. « Nous avons vu des participants non-pratiquants, en quête de sens », explique Manuel Aizpuru, responsable d'un chapitre. « Chacun vient avec sa propre histoire. Dans mon groupe, il y avait même une jeune musulmane curieuse. » Environ 30 % des pèlerins viennent d'Île-de-France, tandis que 56 % représentent d'autres régions françaises et 14 % proviennent de l'étranger.
Revitalisation du sacré
À l'intérieur du pèlerinage, la liturgie traditionnelle, célébrée en latin, attire souvent les jeunes. Marie-Alix précise : « Cette liturgie nous permet de prendre du recul dans un monde rapide. » D’autres participants soulignent l’importance de l’esthétique dans ce rituel sacré, qui les rapproche de leur foi. « La beauté est perçue comme un chemin vers Dieu », conclut Henri d’Anselme.
Arrivés à Chartres, chants et euphoria continuent même dans les trains. Pour beaucoup, le pèlerinage ne s'arrête pas là. « Il faut ressortir transformé », affirme Floria Alamouti, impliquée dans une association aidant les personnes sans abri. Quant à Marie-Alix, elle désire partager la joie vécue durant ces trois jours : « Ma foi me rend heureuse. » Planifie-t-elle de revenir l’an prochain ? « Évidemment. »







