“En Russie, une nouvelle forme de deuil numérique prend de l'ampleur”, rapporte le média russe en exil Meduza. Alors que le nombre de soldats russes tués en Ukraine dépasse les 220 000, selon la BBC et le média russe Mediazona, des veuves et des familles endeuillées se tournent vers l'intelligence artificielle pour créer des vidéos d'adieu qu'ils n'ont pas pu réaliser. Pour des tarifs oscillant entre 1 300 et 10 000 roubles, soit entre 15 et 117 euros, ils font appel à des créateurs spécialisés en IA pour concocter ces clips dédiés aux défunts.
“Une vidéo typique met en scène un combattant en uniforme qui embrasse sa femme et ses enfants avant de gravir un grand escalier menant à un ciel bleu, entouré d'anges”, indique une enquête de la version russe de the BBC. “D'autres variantes de vidéos existent également.”
Selon le média britannique, cette pratique est devenue si prisée qu'elle a engendré un “véritable marché”. À travers le pays, des centaines de créateurs proposent maintenant ce type de service.
Souvent, ce sont des femmes qui ont perdu un proche au front, comme Aliyana, mise en lumière par la BBC. Après avoir conçu une vidéo à la suite de la disparition de son frère, elle génère aujourd'hui des revenus atteignant 55 000 roubles, environ 640 euros, par jour, en se consacrant pleinement à cette nouvelle carrière.
Pour augmenter leurs profits, ces créateurs diversifient leur offre. En plus de la vente directe de vidéos, ils fournissent des instructions (les prompts) pour aider d'autres à créer des images par le biais d'IA, ainsi que des cours en ligne. Certains vont même jusqu'à produire “des livres commémoratifs pour les enfants des soldats décédés” ou à “concevoir des pierres tombales”, comme le rapportent la BBC.
Réconfort ou malaise ?
Bien que beaucoup de créateurs affirment vouloir offrir un soutien aux familles en période de deuil, l'émotion que suscitent ces résurrections numériques fait l'objet de vives discussions. Comme le précise la BBC, “certains ont été touchés aux larmes, alors que d'autres jugent cette pratique profondément malsaine, soulevant des questions éthiques”.
L'impact de ces vidéos sur le processus de deuil fait également l'objet de nombreuses interrogations. Katarzyna Nowaczyk-Basinska, chercheuse au Leverhulme Centre for the Future Intelligence de l'université de Cambridge, déclare à la BBC qu’“il est difficile de déterminer si la visualisation par IA aide réellement les personnes endeuillées à surmonter leur chagrin ou si cela ne fait qu'aggraver leur souffrance”.







