Société. Alors que l'Europe traverse un épisode de canicule, la Suisse maintient des règles rigoureuses concernant la climatisation. Décryptage.
"Ce n’est pas évident de porter des bas de contention en pleine chaleur, mais je n’ai pas d’autre option", plaisante Camille, consultante en cybersécurité enceinte de sept mois. Dans sa commune du canton de Vaud, comme dans de nombreuses régions d’Europe, les températures ont explosé ces derniers jours. Le 22 juin, le thermomètre affichait 36°C, soit 14°C au-dessus des normales de saison. Pour rafraîchir son appartement, situé sous le toit avec vue sur le lac Léman, Camille ne dispose que de quelques ventilateurs. "Ce n'est pas idéal, mais cela reste mieux que rien", confie-t-elle, face à une absence d'autres solutions.
Récemment, de nombreux magasins suisses ont vu leurs stocks de climatiseurs portables s'écouler rapidement. Néanmoins, ces appareils sont énergivores et ne garantissent pas un confort optimal. Les experts recommandent plutôt d'opter pour des systèmes fixes, composés de deux unités raccordées par un conduit, l'une à l'intérieur et l'autre à l'extérieur. Le hic ? Dans plusieurs cantons suisses, obtenir l’autorisation pour installer un tel appareil relève du parcours du combattant. Ruben, enseignant à Lausanne, déplore que bien que ces installations ne soient pas totalement interdites, le processus d’autorisation comporte de nombreux obstacles. En effet, il est nécessaire de prouver le respect des normes d'urbanisme, ainsi que des réglementations antibruit et environnementales. "La climatisation est souvent diabolisée comme un gouffre énergétique", souligne-t-il, rappelant que de nombreux Suisses sont locataires, ce qui complique davantage la situation.
À Genève, la réglementation est particulièrement stricte. Il est quasi impossible d’obtenir l'autorisation d'installer un climatiseur fixe sans justifier d'un besoin avéré grâce à un certificat médical (RTS, 2023). De plus, seuls certains modèles sont agréés, devant répondre à des critères de puissance et de consommation d'énergie verte.
Dans d'autres cantons, comme Fribourg et Neuchâtel, des règles de compensation de l'énergie consommée par le climatiseur par une production d'énergie renouvelable sur place sont exigées. À Zurich, les demandes doivent prouver que des solutions passives ont été mises en oeuvre avant de penser à la climatisation, rendant l'agrément quasiment impossible si des isolation thermique ou des volets ne sont pas déjà en place.
Face à ces contraintes, certains résidents choisissent des installations non réglementées. À Genève, un organisme est chargé de contrôler ces dispositifs. Les propriétaires de climatiseurs non conformes s'exposent à des amendes.
Valoriser l'eau du lac
Pour faire face à la chaleur, les Suisses ont trouvé des stratégies en s’appuyant sur la nature. "Beaucoup se déplacent en montagne, dans le Jura, où il fait plus frais", note Camille. Cependant, cela dépend de la possibilité de télétravailler. Dans les constructions récentes, des innovations exploitent la fraîcheur des rivières pour rafraîchir les bâtiments. À Genève, un nombre croissant d'immeubles est relié au réseau hydrothermique GeniLac, qui utilise l'eau du lac à des profondeurs où la température reste stable toute l'année, selon un article du département fédéral des Affaires étrangères.
Et bien sûr, l'eau du Léman n'est pas utilisée uniquement pour le refroidissement des bâtiments. Justement, au cours de notre entretien, Camille avait prévu un petit saut dans l'eau.







