Sur plusieurs kilomètres, il n'y a plus que des roches et des cailloux : près de la frontière franco-suisse, la Doubs s'est presque complètement volatilisée, un signe alarmant de la sécheresse accentuée qui touche le département, actuellement placé en "alerte renforcée".
Fabien Henriet, maire d'Arçon, un village perché à 800 mètres d'altitude, s'alarme : "Le Doubs coule jusqu'à Arçon, mais ensuite c'est désertique". La rivière ne reprend son cours que bien plus loin, à proximité de Morteau, grâce aux sources souterraines. "C'est lunaire et désolant. J'aimerais ne plus voir ce paysage", confie-t-il.
Dans le Haut-Doubs, où le relief karstique permet à l'eau de s'infiltrer aisément dans le sol, les habitants s'attendaient à des périodes de basse eau. Cependant, une telle sécheresse, transformant le lit de la rivière en un terrain aride, inquiète la population locale.
"Ce qui était autrefois rare est devenu fréquent, même si l'on ne s'y habitue pas", souligne M. Henriet. "Avant, cela se produisait en août, mais maintenant c'est plus précoce, plus prolongé et plus intense".
- Un défi de taille -
La sécheresse n'affecte pas seulement les paysages, elle pose également de sérieux problèmes concernant l'approvisionnement en eau pour les foyers et les entreprises. À Maisons-Du-Bois-Lièvremont, Olivier Masson, cantonnier, surveille le niveau des réservoirs quotidiennement pour éviter des coupures. "Il s'agit de jouer avec les vannes pour garantir l'approvisionnement", explique-t-il tout en gardant un œil attentif sur les alarmes de son téléphone.
Il doit parfois acheter de l'eau à la commune de Dommartin, située à une dizaine de kilomètres. "Nous avons dû le faire la semaine dernière, mais cela ne nous enchante guère, car ils sont eux aussi dans une situation délicate".
- Urgence et coût -
Pour certaines communes comme Montjoie-le-Château et Fleurey, la situation est critique. Elles reçoivent de l'eau par camions-citernes depuis deux semaines. "Jusqu'à présent, cela se maintient et personne n'a manqué d'eau, mais c'est une situation d'urgence", admet Anthony Mérique, vice-président de la communauté de communes. "Chaque camion coûte 300 euros, et les frais peuvent rapidement s'accumuler".
Les élus craignent aussi un impact sur leurs finances via la diminution des revenus liés à l'exploitation forestière. La sécheresse encourage le développement des scolytes, nuisibles aux pins et épicéas. M. Mérique s'inquiète, "cela fait quelques années que les dégâts étaient moindres, mais avec une saison comme celle-ci, les ravages pourraient revenir".
- Conséquences sur l'agriculture -
Les agriculteurs, de leur côté, souffrent également des conditions arides, avec des précipitations en baisse de 55 % par rapport à la normale pour ce mois de juin, selon Météo-France. Les prairies doivent faire face à un jaunissement inquiétant, contraignant les éleveurs à rentrer leurs animaux plus tôt.
Patrice Glasson, producteur laitier, déclare : "Nous avons déjà commencé à puiser dans nos stocks de fourrage. Chaque exploitation du secteur rencontre le même problème." Il s'inquiète pour la santé de ses bêtes. "Mes vaches, qui produisaient 25 litres de lait par jour, ne donnent maintenant plus que 18 litres. Ce n'est plus le Haut-Doubs que nous connaissions", conclut-il, visiblement abattu. "La canicule de 2003 avait déjà marqué un tournant, mais cette année, la situation est bien plus alarmante".







