"C'est une véritable catastrophe", s'indigne Christophe Gruson, secrétaire national du Snalc, concernant cette décision. La suppression de 4.018 postes d'enseignants à la rentrée prochaine, surtout dans le primaire, inquiète profondément la profession. En effet, 1.891 de ces postes concernent les écoles maternelles et élémentaires publiques.
"On a déjà perdu 470 postes d'enseignants dans le primaire l'année dernière, et la situation devient de plus en plus inquiétante", a déclaré Gruson à BFM.
Cette annonce s'explique par une baisse démographique, entraînant une diminution d'environ 116.800 élèves dans l'école primaire d'ici 2026, comme l'indique la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance.
Pourtant, Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, avait affirmé qu'il était essentiel de "limiter les fermetures de classes" durant un déplacement à Givors (Rhône). "Où est la cohérence?" s'interroge Gruson.
Une intersyndicale regroupant différents syndicats appelle ainsi à une grève ce 31 mars, critiquant la "vision à court terme" du gouvernement sur les choix éducatifs. "Il est inacceptable que les décisions budgétaires soient guidées seulement par des considérations démographiques", affirment-ils.
Le niveau scolaire en danger
Pour Aurélie Gagnier, co-secrétaire générale du FSU-Snuipp, la justification démographique ne tient pas. "On va se retrouver avec des classes surchargées et à niveaux multiples. Au lieu de réduire des postes, le ministère devrait profiter de cette baisse d'élèves pour diminuer le nombre d'élèves par classe et améliorer ainsi l'éducation", plaide-t-elle à BFM.
La France, avec une taille de classe moyenne à 22 élèves en primaire, détient des chiffres parmi les plus élevés d'Europe, alors que la moyenne dans l'UE est de 19 enfants par classe.
"On ne peut pas espérer faire progresser les élèves dans des classes de 25 à 27 enfants", regrette encore Gruson.
Une analyse de la Cour des comptes publiée l'année dernière a révélé une "baisse générale du niveau scolaire" et une aggravation des inégalités, soulignant que près d'un élève sur trois arrive au collège en difficulté en français.
Fermetures de classes : une inquiétude croissante
Les enseignants craignent des fermetures massives de classes. "L'année passée, la suppression de postes a entraîné la fermeture de 2000 classes", rappelle Gagnier, s'interrogeant : "Combien vont fermer cette année?" Les décisions concernant les ouvertures et fermetures de classes relèvent du directeur académique, et des concertations sont en cours dans les différentes académies.
Dans l'académie de Lille, par exemple, 245 postes d'enseignants seront supprimés, avec une alerte sur 366 fermetures de classes, selon François Van Der Goten, représentant de la FSU-Snuipp du Nord.
Ce dernier souligne que l'éducation a besoin de ressources pour l'inclusion et le soutien, ajoutant que les conditions de travail se dégradent pour tous les enseignants.
Une compétition inégalitaire
Danielle Simonnet, députée "L'Après" de Paris, s'inquiète également. Dans son académie, la coupe de 83 postes pourrait mener à 172 fermetures de classes, alors que les établissements publics voient leur part d'élèves diminuer au profit des écoles privées.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : entre 2016 et 2024, les effectifs de CP dans le privé n'ont baissé que de 3,8% à Paris, contre 24,4% dans le public. Les prévisions indiquent que d'ici 2035, la part des élèves de 6e scolarisés dans le privé pourrait atteindre 50%.
"Nous allons négocier dans chaque académie pour maintenir un maximum de postes, mais les discussions sont tendues", conclut Gagnier.
Face à une suppression de 53 postes dans l'académie de Besançon, où 109 classes pourraient fermer, l'inquiétude grandit parmi les enseignants. Comment justifier ces chiffres face à une baisse de seulement deux élèves par école?
Le rectorat, tout en assurant que ces fermetures ne sont pas encore actées, souligne qu'une analyse plus fine est en cours.
Ce contexte tendu révèle un véritable défi pour l'avenir scolaire en France, où les choix politiques doivent impérativement prendre en compte les besoins réels de l'éducation nationale.







