"Aller plus vite, frapper plus fort" : les députés se réunissent à partir de lundi pour actualiser la loi de programmation militaire, initialement adoptée en 2023, mais désormais jugée obsolète à la lumière des récents conflits en Europe et au Moyen-Orient.
Ce projet ambitieux vise à augmenter le budget militaire français de 36 milliards d'euros, portant le total à 436 milliards d'ici 2030.
Lors de ses déclarations en avril, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a souligné l'importance d'examiner les leçons tirées de la guerre en Ukraine et des conflits récents au Proche-Orient. "Le monde se durcit autour de nous ; nous devons donc adapter notre stratégie", a-t-elle précisé.
Malgré le soutien de la commission de Défense, des voix s'élèvent parmi les députés qui estiment que les mesures proposées pourraient ne pas être suffisantes face à des tensions croissantes avec la Russie, exacerbées par des relations délicates avec les États-Unis.
"L'élection présidentielle de 2027 pourrait marquer un tournant", a averti Yannick Chenevard, rapporteur du texte. Il considère que le futur chef des armées serait contraint de rediscuter une nouvelle loi, tenant compte des défis géopolitiques actuels.
Si les structures de l'armée ne sont pas modifiées, ce projet de loi se concentre sur des investissements jugés cruciaux, en particulier dans les munitions.
Le texte introduit également un nouvel "état d'alerte de sécurité nationale", qui pourrait permettre d'assouplir certaines réglementations en cas de menace sérieuse pour la nation. Cependant, cette mesure suscite des inquiétudes au sein de la gauche, qui redoute des dérives potentielles dans l'activation de ce régime d'exception.
La ministre a défendu cette initiative en affirmant qu'elle vise à s'adapter à une époque qui oscille entre paix et guerre, tout en préservant les libertés publiques.
Parmi les autres propositions, on trouve la possibilité pour certains opérateurs, notamment les aéroports, d'utiliser des dispositifs de brouillage pour gérer les menaces des drones. Ces derniers ont multiplié les incursions dans les espaces aériens européens, mettant en péril le trafic aérien.
Le texte prévoit également le lancement d'un nouveau service national militaire et volontaire, avec des recrutements ciblant principalement les jeunes de 18 à 19 ans.
Estimé à 2,3 milliards d'euros sur cinq ans, ce service est critiqué par la gauche qui y voit une manœuvre visant à faire oublier l'échec du Service national universel instauré en 2019 sans jamais atteindre une généralisation.
En matière de renseignement, le texte propose de recourir à des algorithmes pour analyser les données sur Internet, une mesure visant à améliorer la défense nationale tout en combattant la criminalité organisée. Cette directive avait précédemment été invalidée par le Conseil constitutionnel dans une loi contre le narcotrafic.
Enfin, une disposition vise à prévaloir sur la publication d'ouvrages d'anciens agents de renseignement, un sujet sensible dans le cadre des enjeux de sécurité nationale.
Un vote solennel est prévu le 12 mai à l'Assemblée nationale, suivi d'une discussion au Sénat à partir du 2 juin.







