EDITO: Le raisonnement est simple, ancré dans une logique trumpiste : si la dictature socialiste de Cuba s'effondre, la notion même de résistance face à l'impérialisme américain s'évaporera.
Pour saisir l'acharnement des États-Unis envers Cuba, il importe de revenir aux origines. L'embargo, instauré en 1962 et régulièrement renforcé, a placé l'île dans une situation sans précédent. Pendant plus de soixante ans, Cuba a résisté aux sanctions, à la guerre froide, et à l'effondrement de l'Union soviétique, tout en faisant face à des tentatives répétées de déstabilisation. Bien que l'épisode tragique de la baie des Cochons appartienne aujourd'hui à l'Histoire, il continue d'influencer la stratégie américaine. Cuba, sous Fidel Castro et avec des figures emblématiques comme Che Guevara, est devenue un symbole de lutte contre l'hégémonie américaine.
Ce poids symbolique, Donald Trump cherche à l'anéantir. Contrairement à ses prédécesseurs qui privilégiaient des démarches nuancées, Trump adopte une stance claire et directe, voulant régler le compte de cette résistance historique. Dans sa vision, Cuba représente une anomalie au sein de l'arrière-cour américaine, défiant l'idée que le capitalisme doit prévaloir. Un régime socialiste robuste érode l'idée que les sanctions américaines sont infaillibles.
Le raisonnement est évident : si le régime cubain tombe, le récit d'une résistance à l'Amérique disparaît. Cela résonne à Washington où la force du gouvernement cubain apparaît comme un défi envers toute logique de coercition. D'autres régimes, comme en Iran ou en Corée du Nord, montrent qu'une pression économique intense ne garantit pas toujours une capitulation.
L'acharnement américain a aussi nourri le récit de résistance du régime.
C'est dans cette optique que la stratégie de Trump prend tout son sens. Il ne s'agit pas uniquement de Cuba ; il vise à restaurer la crédibilité de la puissance américaine sur la scène mondiale. En intensifiant les sanctions et en interdisant la normalisation, Trump veut imprimer l'idée qu'aucune dissidence ne peut persister dans la sphère d'influence des États-Unis. Cependant, cette logique se heurte à une réalité persistante. Bien que Cuba ait perdu son caractère révolutionnaire des années 60, elle demeure un symbole puissant, une représentation qui résiste souvent mieux que des économies fragiles.
La situation à Cuba est paradoxale : bien que le pays continue de lutter économiquement, son régime politique fait preuve d'une résilience remarquable. Au-delà de cette question spécifique se trouve une interrogation sur l'efficacité des sanctions comme outil de pouvoir. Peut-on réellement faire chuter un régime par la seule pression économique ? Les exemples récents invitent à penser le contraire. En s'attaquant à Cuba, Trump ne se contente pas de clore une page de la guerre froide, il vise à prouver que l'Amérique peut imposer ses règles avec succès. Pourtant, après plus de soixante ans de résistance cubaine, cette démonstration reste incertaine.
Il est intéressant de noter qu'en dépit de l'embargo, Cuba a réussi à établir l'éducation comme un pilier fondamental de sa société, initiant dès 1961 une vaste campagne d'alphabétisation qui a profondément transformé le pays. En investissant dans les sciences, la médecine et la formation technique, le régime a su développer une main-d'œuvre qualifiée qui devient un des éléments clés de sa résilience. Ce modèle rappelle celui de l'Iran, où la formation intellectuelle joue un rôle similaire.
* Sébastien Boussois est géopolitologue.







