Mathilde Durand
L'essentiel
- Créé par l'ancienne procureure de Marseille, Dominique Laurens, en 2023.
- Pendant cette période, 47 assassinats liés au trafic de drogue ont été recensés à Marseille.
- Trois ans plus tard, le mot est intégré dans le dictionnaire, soulevant des controverses sur son usage.
Le mot narchomicide, fusion de narcobanditisme et homicide, décrit une réalité tragique qui a marqué Marseille, où presque 50 meurtres liés à des rivalités de trafic de drogue ont été déplorés en 2023.
Ce néologisme, introduit par Dominique Laurens, suscite des débats au-delà des frontières des Bouches-du-Rhône. Ses quelques trois ans de vie se traduisent par une entrée dans le dictionnaire Petit Robert, aux côtés de plus de 150 nouveaux mots. Sa définition : « un meurtre lié au trafic de drogue ». Laurens précise que cela va au-delà des simples règlements de comptes habituels : c'est une réalité complexe dans un contexte de narcobanditisme, comme elle l’a exposé à France Info.
Une vigilance accrue
Etienne Blanc, sénateur LR du Rhône, souligne que l'absence de catégorisation spécifique dans le Code pénal montre encore un décalage législatif face à l’ampleur du phénomène. Dans le cadre de son enquête parlementaire sur le narcotrafic, il a constaté que le mot « narchomicide » signale une prise de conscience croissante de la gravité de la situation. "C'est une indication que des problèmes de narcotrafic gagnent en visibilité", a-t-il déclaré.
Vers une surexposition ?
Cependant, le néologisme est aussi l’objet de critiques. Clotilde Champeyrache, experte en criminalité, estime que cette désignation peut témoigner d'une surenchère qui limite le discours à une seule dimension de la criminalité, mettant en péril la compréhension d'autres diversités criminelles. Selon elle, la focalisation sur le trafic de stupéfiants pourrait occulter les risques liés à d'autres formes de criminalité et aux jeunes souvent recrutés comme exécutants.
Jean-François Gayraud, commissaire général de la police nationale, avait lui aussi mis en garde sur une ambiguïté entourant ce terme, notant qu’il pourrait laisser penser que seuls les criminels s’affrontent, ce qui est plein d’erreurs. La violence générée par le narcotrafique touche toute la société.
Finalement, le terme narchomicide reste un sujet de débat, son utilisation révélant autant un besoin de nommer un phénomène inquiétant que les pièges d’une amplification médiatique inadaptée.







