Le reportage diffusé par le 20 Heures explore une affaire d'enlèvement récente, enracinée dans l'univers des cryptomonnaies. Une mère et son fils avaient été kidnappés à leur domicile dans l'Yonne, pour être finalement retrouvés dans un hôtel de la région parisienne. Six suspects, âgés de 17 à 20 ans, ont été appréhendés et mis en examen. Quel est leur profil ? Comment ont-ils décidé de cibler cette famille ? L’enquête met au jour une filière reliant ces jeunes aux commanditaires basés à l’étranger.
Ce texte est extrait d'une retranscription du reportage mentionné. Cliquez sur la vidéo pour le visionner intégralement.
Au petit matin du 13 avril, une opération du GIGN dans un hôtel de Boissy-Saint-Léger a mis fin à une traque de 24 heures, aboutissant à la libération des otages. Grâce à des documents exclusifs, nous allons vous révéler pourquoi le nombre de ces enlèvements liés aux cryptomonnaies continue d'exploser et devient de plus en plus violent.
Dans cette affaire, les ravisseurs, recrutés sur les réseaux sociaux, ont choisi comme cible un couple avec un enfant vivant discrètement à Quarré-les-Tombes, un village isolé du département de l'Yonne. Comme l'a expliqué Franck T., la victime, "J'étais maçon à mon compte. Il y a deux ans, je me suis lancé dans la cryptomonnaie. Je vis désormais des revenus de ma cryptomonnaie."
Le matin de l'enlèvement, les malfaiteurs, cagoulés et armés, ont pénétré dans le domicile. Après avoir neutralisé le père, ils ont réclamé un montant exorbitant de 400 000 dollars en cryptomonnaies, mais face à l'impossibilité de récupérer rapidement cette somme, ils ont opté pour l'enlèvement de la mère et de l'enfant. Deux heures après, tandis qu'ils prenaient la fuite, leur véhicule, emprunté à la mère d'un des suspects, est tombé en panne d'essence.
Le commanditaire localisé au Maroc
Des images de vidéosurveillance montrent un des ravisseurs en chasuble, escortant l’enfant de 11 ans jusqu'à la caisse de la station-service, tandis que la mère était enfermée dans le coffre. Me Sarah Mauger-Poliak, avocate d’un suspect, souligne : "On est très loin de professionnels aguerris. Ce sont des jeunes qui obéissent à des directives fluctuantes, s'adaptant mal aux situations."
Les ravisseurs ont ensuite transporté la mère et l'enfant dans une chambre d'hôtel, tandis que le père a reçu une photo et un message rassurant : "T'en fais pas, ils vont bien." C'est ce numéro qui a conduit les enquêteurs à faire des connexions cruciales, révélant que le commanditaire se cachait à Tanger, au Maroc, sous le pseudonyme de "Pur-Sang". Aucun des suspects ne savait qui il était réellement. Un d'eux a partagé : "J'ai été recruté par une annonce sur Telegram, dans un groupe intitulé 'Travailler pour gagner de l'argent', et 'Pur-Sang' m'a proposé la mission."
Des informations issues de fuites de données
Comment le commanditaire, depuis le Maroc, a-t-il réussi à identifier ses victimes ? Des sources révèlent que le nom de l'entrepreneur est apparu dans plusieurs fuites de données concernant des sites de cryptomonnaies. Selon l'expert en cybersécurité, Gérome Billois, "les informations sur les cryptomonnaies sont souvent très accessibles sur Internet. Bien que l'identité soit protégée, des recoupements peuvent être effectués grâce à des fuites antérieures et l'analyse des réseaux sociaux, permettant aux groupes criminels de rassembler ces données."
Les six suspects font face à des accusations graves d'enlèvement, de séquestration en bande organisée et d'extorsion avec arme, crimes passibles de la réclusion à perpétuité.







