Plus de 45 ans après le décès mystérieux de Robert Boulin, ancien ministre du Travail, les investigations reprennent au sein du pôle «cold cases» du tribunal de Nanterre. Ce dossier, initialement géré à Versailles, a été transféré le 28 avril dernier au pôle national des crimes sériels et non élucidés, permettant ainsi une nouvelle dynamique pour cette affaire longtemps en suspens.
La présidence du tribunal a récemment confirmé la nomination de trois juges d'instruction qui vont pouvoir poursuivre l'enquête sans délai. Le procureur de Nanterre avait formulé cette demande dans le contexte d'une information judiciaire portant sur des chefs d'accusation tels que l'arrestation arbitraire et l'assassinat de Robert Boulin, retrouvé le 30 octobre 1979, dans un étang de Rambouillet, dans les Yvelines.
Bien que la justice ait conclu à un suicide par noyade, cette théorie a toujours été contestée par la famille de Boulin. Fabienne Boulin-Burgeat, sa fille, affirme que son père incarnait «une troisième voie contre l'ultracapitalisme» et que les circonstances entourant sa mort sont hautement suspectes. La famille privilégie la thèse de l'«assassinat politique», évoquant un climat tendu marqué par les disparitions de plusieurs ministres sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.
Me Didier Seban, l'avocat de la famille, a récemment déclaré à l'AFP : «On espère que cette grande énigme de la Ve République sera enfin résolue». La famille souligne les possibles ramifications au sein du Service d'action civique, suscitant des interrogations sur une tentative de dissimuler la vérité concernant la mort de Boulin. «Les assassins de mon père ont tout fait pour faire croire que c'était un suicide», a affirmé Boulin-Burgeat en avril.
Une enquête en cours depuis 2015 a reçu un nouvel élan suite aux révélations d'Elio Darmon, un témoin clé qui a raconté une conversation dans un club de Ville-d'Avray. Selon ses dires, des criminels auraient discuté d'une mise en scène de la mort de Boulin après une opération mal exécutée. Ce témoignage a permis d'identifier un homme récemment décédé, Henri Geliot, comme potentiel meurtrier de Boulin.
Malgré le décès de Darmon, les investigations portent cependant de nouveaux fruits, avec une attention accrue sur des éléments longtemps négligés par les précédentes enquêtes. Ces avancées relancent l'espoir au sein de la famille Boulin et au-delà, pour qui cette affaire demeure l'un des grands mystères de la politique française.







