Que faire après avoir imposé, justifié et embourbé la guerre ? La stratégie israélo-américaine engendre crise et chaos, plutôt qu’un apaisement des tensions.
Joël Goring, de Niort (Deux-Sèvres) : « La France ne sortira pas indemne de l’opération guerrière menée en Iran, même si elle n’est pas belligérante. Chasser les mollahs chiites rigoristes fait l’unanimité, mais il ne faut pas transposer à leur place le sunnisme, et encore moins notre culture occidentale. L’avenir de l’Iran appartient aux Iraniens, et il importe de ne pas semer le chaos comme cela a déjà été fait en Libye, en Irak, et dans une certaine mesure en Afghanistan.
« Une transition vers une certaine démocratie islamique est souhaitable ; cependant, cette vaste nation productrice de pétrole, avec ses 90 millions d’habitants, n’est pas homogène. Les Perses ne représentent qu’un peu plus de la moitié de la population, tandis que les autres groupes, comme les Kurdes et les Baloutches, ont des liens étroits avec des communautés similaires dans les pays voisins.
« La ligne directrice difficile à suivre est de réduire à néant un obscurantisme, sans mettre le pays à feu et à sang, si ces fortes minorités se sentent pousser des ailes. Quelle que soit la solution politique, les conséquences sont incalculables, et le coût économique sera élevé, touchant non seulement l’économie iranienne mais aussi celles des pays du Golfe et de la France, qui risquent d’être déstabilisées.
« C’est rarement celui qui éructe le plus fort qui montre le plus d’aptitude à la conduite d’un État »
« Le futur “ quoi qu’il en coûte”, dont la durée sera fonction de la crise, devra être honoré en augmentant le prix des matières premières et surtout des énergies fossiles, ce qui affectera directement la consommation des ménages. Cela conduira à un ralentissement de l’activité, avec des répercussions telles qu’une baisse des investissements et une hausse du chômage.
« Pendant cette période d’instabilité, des économies s’imposeront, notre pays ne peut plus accumuler de dettes ; c’est par l’effort collectif que nous devrons surmonter ces défis. »
Représentativité effective
Philippe Gandon, de Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) : « De l’américain ou du français, lequel des deux peuples retrouve sa volonté respectée dans les décisions prises ? Mener une guerre nécessite des moyens financiers, humains et matériels que nous n’avons plus.
« Notre position derrière le respect du droit international cache notre impuissance européenne. Si les violations des droits de l'homme par le président américain ne méritent aucune indulgence, notre propre incapacité à contrôler les flux migratoires touche durement les populations locales.
« L'année prochaine, sera-t-il nécessaire de faire un choix délicat entre deux dangers ? Sans doute, mais cela implique des considérations idéologiques car ni la démocratie ni l’humanité ne surmontent les questions de représentativité. Bien souvent, c'est celui qui crie le plus fort qui est le moins apte à gouverner. Guerre et révolution vont à l'encontre de paix et prospérité. »
Animosités dévastatrices
Antoine Boudisseau, de Blois (Loir-et-Cher) : « Au Moyen-Orient, il y a d'énormes intérêts en jeu. La situation entre le Hezbollah au Liban et Tsahal, l’armée israélienne, est particulièrement tendue depuis presque cinquante ans. Leur antagonisme a généré une haine persistante. De plus, les actions militaires israéliennes ont entraîné de nombreux déplacés au Liban.
« Depuis quatre-vingts ans, des hommes et des femmes expulsés de leurs terres vivent dans des camps de réfugiés, accumulant rancoeurs et injustices, ce qui pousse certains à devenir des terroristes, uniquement pour vouloir éradiquer tout ce qui représente l’ennemi.
« La paix semble presque impossible dans ce charmant petit pays du Cèdre. La population s'habitue peu à peu à vivre dans la difficulté, et le paysage politique fragile rend toute initiative de retenue très difficile, ce que les adversaires exploitent habilement. C'est tragique de voir à quel point ces rancœurs sont dévastatrices. »
Fauteurs de guerres
Armand Morlighem, de Fondettes (Indre-et-Loire) : « Dans sa guerre contre l’Iran, le président américain a commis la même erreur que celle de son homologue russe lors de l’invasion de l’Ukraine : sous-estimer l’ennemi et croire que tout serait résolu rapidement.
« En Iran, les membres d’une dictature bien organisée défendent leurs propres intérêts et sont prêts à tout pour rester au pouvoir. Ce pays est désormais plus que jamais engagé dans un conflit qui menace de perdurer, en raison d’une mauvaise évaluation des capacités de réponse de son adversaire.
« Les promesses tonitruantes de l’ancien président Trump, qui se vantait d’avoir dévasté l’arsenal militaire iranien, sont étonnamment vides, puisqu’un mois plus tard, l'Iran poursuivait ses attaques avec missiles et drones. Ils conservent toujours la capacité de bloquer le détroit d'Ormuz, envisageant ainsi une internationalisation de leur conflit, ce qui pourrait ignorer le monde entier.
« Il s’avère crucial pour l'Europe de ne plus dépendre des États-Unis afin de tracer son propre chemin. Sinon, des dirigeants comme Trump continueront de nous considérer comme des sous-fifres à leur service. »
Cynisme démesuré
François Monnier, de Blois (Loir-et-Cher) : « Le président américain évolue dans un contexte de chaos grandissant, guidé par un cynisme aveugle. Les Iraniens, placés sous pression, pourraient répondre en utilisant des boucliers humains, conduisant à des destructions inimaginables. Comme le disait Herman Melville : “Tout ce qui touche à la guerre est une gifle au bon sens.” »
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