Jacques Pommeraud, le dirigeant d'Inetum, a mis en place un chatbot nommé "Jack" pour assister ses 27 000 employés. Ce double numérique, dont l'utilisation est encore en phase d'évaluation, vise à alléger la charge de travail du PDG tout en répondant aux questions des salariés. Cependant, cette innovation soulève des inquiétudes concernant l'absence de connexion humaine dans la gestion des équipes.
Une démonstration récente a illustré comment Jack peut fournir des conseils pratiques à un employé sur des sujets comme les négociations bancaires. Emmanuel Adrey, directeur de la communication chez Inetum, a posé la question suivante : "Quels conseils le PDG pourrait-il donner pour un rendez-vous bancaire ?" La réponse générée par le chatbot démontrait une compréhension étonnante des enjeux.
Cette initiative a été motivée par le désir de Jacques Pommeraud d'optimiser son emploi du temps. Tout en admettant qu'il ne peut être partout à la fois, il espère que Jack pourra prendre en charge certaines tâches comme l'animation de réunions, permettant ainsi au véritable PDG de se concentrer sur des décisions stratégiques. "Je ne peux pas me permettre de diluer mon temps", déclare-t-il.
Un manager IA ne ressentira jamais la surcharge d'une équipe
Malgré l'enthousiasme de certains employés pour cette technologie, des voix s'élèvent pour signaler des limites inévitables. Nadira Zeroual, représentante des salariés au syndicat S3i, souligne que "même si l'idée est innovante, un manager IA ne percevra pas la détresse des collaborateurs." Son inquiétude est partagée dans le contexte d'une étude récente indiquant que l'IA pourrait menacer jusqu'à cinq millions d'emplois en France dans les années à venir.
Mais Jacques Pommeraud n'est pas le seul à explorer ces avenues ; aux États-Unis, des tentatives similaires sont en cours, notamment chez Meta, où Mark Zuckerberg envisage l'utilisation d'avatars numériques pour interagir avec ses employés. Andrea Tueni, analyste chez Saxo Bank, suggère que l'avenir pourrait voir émerger des PDG entièrement numériques, capables d'améliorer la productivité, mais il met en garde contre les dérives potentielles, en suggérant que la collaboration humaine demeure essentielle dans la prise de décision.
Cette expérimentation d'Inetum pourrait bien être un avant-goût d'une révolution dans le monde du travail, mais elle soulève également des questions fondamentales sur l'équilibre entre technologie et humanité.







