Un fervent soutien de la droite et admirateur de Donald Trump, Abelardo de la Espriella, et le sénateur de gauche Ivan Cepeda se sont intensivement engagés dans la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle en Colombie. Ce face-à-face se déroule dans un climat de violence inédite des groupes armés, spectre qui plane sur le pays depuis plus de dix ans.
Abelardo de la Espriella a créé la surprise en récoltant plus de 43% des voix lors du premier tour, face à Ivan Cepeda, qui a obtenu 41%. Paloma Valencia, la candidate conservatrice arrivé troisième avec 7%, a décidé de rallier son soutien à De la Espriella.
Surnommé "Le tigre", cet avocat millionnaire, novice en politique, a su séduire un électorat inquiet de la résurgence de la violence, en promettant une répression sans compromis contre le trafic de drogue. De La Espriella, âgé de 47 ans, se dit prêt à rompre les négociations avec les groupes criminels et à opter pour une solution militaire.
De son côté, Ivan Cepeda, 63 ans, héritier du président sortant à gauche, Gustavo Petro, défend un processus de paix avec les groupes armés, mariant réconciliation sociale et résolutions des inégalités. Dimanche soir, il a juré de combattre "l'extrême droite fasciste", précédemment évoquée par son rival.
Lors d'un échange houleux, Cepeda a également accusé son adversaire d'exploiter le maillot de l'équipe nationale de football à des fins électorales, en référence à des pratiques similaires de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro.
Yann Basset, politologue à l'Université du Rosario, a observé que le succès de De la Espriella est un revers symbolique pour Cepeda qui devra attirer des voix supplémentaires, notamment celles des centristes. Cependant, il souligne qu'aucun résultat n'est encore figé.
Abelardo de la Espriella a capitalisé sur le mécontentement populaire général envers la présidence Petro, un contexte aidé par ses événements politiques flashs où il s'exprime derrière une vitre blindée. Juan Nicolas Garzon, professeur à l'Université de La Sabana, constate qu'il a habilement capté l'anti-Petro et le radicalisme de droite.
Pour espérer l'emporter, Ivan Cepeda devra montrer un esprit plus combatif, comme le précise M. Garzon. Felipe Botero, directeur du département de science politique de l'université des Andes, note que la droite traditionnelle pourrait être facilement attirée par De la Espriella, même si certains supporteurs du centre trouvent ses propositions "extrêmes" difficiles à avaler.
À l'approche du second tour prévu pour le 21 juin, les tensions continuent de monter entre les deux candidats, chacun s'attaquant directement à la personnalité de l'autre. De la Espriella n'a pas hésité à qualifier Cepeda et Petro de "couple de délinquants", promettant de sauver le pays du "communisme", une étiquette rejetée par Cepeda.
La rhétorique de De la Espriella, admirateur de plusieurs leaders de droite en Amérique latine, évoque une approche de "main de fer", promettant d'éradiquer les organisations criminelles par tous les moyens, allant jusqu'à la construction de méga-prisons et l'intensification des bombardements sur des camps de narcotrafiquants, une stratégie déjà controversée.
Ivan Cepeda, pour sa part, met en avant les avancées économiques et sociales sous le gouvernement Petro, incluant une hausse significative du salaire minimum et des initiatives pour renforcer l'éducation. Il prévient que la politique de De la Espriella pourrait réduire ces progrès à néant.
Les attaques fusent des deux côtés, avec Cepeda dénonçant les discours "misogynes" et "homophobes" de son rival. Le second tour s'annonce donc particulièrement compétitif et chargé d'émotions, dans un pays encore hanté par ses blessures passées liées à la violence.







