Le 28 mai dernier, une tragédie a marqué le Kenya lorsque 16 lycéennes ont perdu la vie dans l'incendie de leur dortoir, incendié par leurs propres camarades. Cet événement, bien que choquant, n'est pas un cas isolé : en 2026, plus de 50 incendies ont touché des établissements scolaires à travers le pays.
Leur origine est multiple : un système éducatif sous-financé, des conditions de vie indignes et un non-respect flagrants des normes de sécurité. La corruption et des allocations budgétaires insuffisantes exacerbent cette situation alarmante.
Arrimés à un héritage colonial britannique, les pensionnats attirent de nombreux parents kényans malgré leurs conditions parfois déplorables et les risques de maltraitance. Tasha, une élève de 15 ans de l'école de filles Utumishi, a survécu à cette tragédie grâce à l'intervention courageuse d'autres élèves. "Je ne pensais pas qu'elles iraient aussi loin", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Suite à l'incident, neuf élèves ont été arrêtées, mais des rumeurs indiquent qu'un mécontentement général couve parmi les élèves face aux conditions de vie difficiles. Selon la psychologue Catherine Gachutha, ces adolescents agissent souvent sans mesurer les conséquences de leurs actes, illustrant une détresse profonde au sein du système éducatif.
Ce mécontentement pourrait être une version schoolé de la violence sociale observée lors des manifestations contre la corruption au Kenya. Les pressions académiques, accentuées par un marché de l'emploi exigeant, poussent les jeunes à des comportements destructeurs, comme l'explique Gachutha.
À la suite de la catastrophe de Gilgil, les craintes demeurent, comme l'a constaté l'AFP près des ruines encore fumantes de l'école de garçons Gathiruini. Des responsables de l'éducation se sont refusés à commenter la situation, témoignant d’un manque de transparence et de responsabilité au niveau institutionnel.
Un directeur d'internat de l'ouest du pays, parlant sous couvert d'anonymat, révèle avoir renvoyé ses élèves suite à des menaces anonymes. Il déplore un système où les écoles sont devenues des "vaches à lait" en raison de la cupidité des directeurs, au détriment du bien-être des élèves.
Le manque d'infrastructures sûres est flagrant ; certains élèves dorment dans des lieux inappropriés, mettant ainsi leur sécurité en péril. Isaac Maina de G4S, entreprise majeure en lutte contre les incendies, souligne que beaucoup d'écoles n'ont pas de plans d'intervention efficaces.
George Ndege, président de l'Association des architectes du Kenya, déplore que la sécurité des élèves soit souvent compromise au profit d'une gestion douteuse des établissements scolaire. Il estime que seule une action concertée permettra de remédier aux conditions désastreuses vécues par les élèves, et l'AAK recense plus de 55.000 écoles publiques en situation critique.
Les promesses d'aide des autorités n'ont jusqu'à présent pas apporté de solutions concrètes. Après une tragédie similaire en 2024, des réformes avaient été proposées, mais leur mise en œuvre reste incertaine. Peter Kinyanjui, qui a survécu à un incendie dans son enfance, rappelle avec amertume que "nous n'avons tiré aucune leçon du passé".







