l'essentiel
En dépit des mises en garde du Vatican, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a procédé ce mercredi 1er juillet à l'ordination de quatre nouveaux évêques en Suisse. Il s'agit d'un événement marquant, première du genre depuis 1988, pour ce mouvement catholique conservateur fondé par un prélat français et surveillé de près par les instances religieuses. Nous vous expliquons les enjeux de cette situation.
Cette cérémonie vient cristalliser une fracture au sein de l'Église après des mois d'apaisement. Officiée sur la prairie d'Écône devant des milliers de fidèles, l'événement a vu quatre abbés, dont deux Français, un Américain et un Suisse, recevoir l'imposition des mains pour devenir évêques. Toutefois, leur ordination est contestée car ils n'ont pas reçu l'autorisation de Rome. Pour la FSSPX, ce geste était crucial pour assurer sa pérennité, alors qu'elle ne compte plus que deux évêques en fonction, selon Franceinfo.
Le pape François avait pourtant réitéré son opposition dans une lettre envoyée le 29 juin, incitant la Fraternité à "renoncer à son projet". Le Vatican évoque des conséquences graves, qualifiant la consécration d'évêques sans son accord comme un acte d'insubordination, pouvant conduire à l'excommunication, voire à un schisme.
Malgré ces alertes, la FSSPX persiste dans sa démarche. "Toutes peines ou censures n'ont aucune valeur pour nous," affirme Foucault Leroux, le secrétaire général de la communauté, au début de la cérémonie. Cette position est également défendue par l'abbé Michel Rion, professeur au séminaire d'Écône, qui déclare à l'AFP : "Être schismatique est un naufrage pour nous; nous préférerions mourir que de nous retrouver dans cette situation."
Une opposition viscérale à la modernité
Pourquoi l'Église catholique officielle s'oppose-t-elle à ce mouvement ? La FSSPX a vu le jour en 1970 grâce à l'évêque français Marcel Lefebvre. Ce dernier s'est rapidement opposé aux réformes de modernisation entreprises par le concile Vatican II, qui a eu lieu entre 1962 et 1965.
La doctrine de la Fraternité repose sur une interprétation stricte des traditions, défendant notamment le rite tridentin, qui inclut la messe prononcée en latin, avec un prêtre tournant le dos aux fidèles. La communauté prône également un modèle de société patriarcal, où les femmes sont invitées à porter une mantille lors des offices, conformément aux usages catholiques traditionnels.
Actuellement, la FSSPX revendique environ 600 000 fidèles à travers le monde, un chiffre modeste comparé aux 1,3 milliard de catholiques. Ses propres statistiques indiquent qu'elle dispose d'un clergé de plus de 730 prêtres et 260 séminaristes, tout en animant près de 800 lieux de culte dans plus de 80 pays.
Des écoles partout en France et un bastion à Paris
En France, la Fraternité a mis en place une stratégie d’enracinement local, centrée sur l’éducation. Elle gère aujourd'hui 57 établissements scolaires, des maternelles aux lycées, qui fonctionnent en dehors des contrats scolaires légaux. Ce choix est justifié par la volonté de garantir un enseignement "véritablement libre et catholique", comme l'indique leur site internet. Cette démarche vise à former de futures générations dans un cadre idéologique strict, préservé des influences contemporaines.
La communauté maintient également un ancrage fort à Paris avec l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, occupée de manière permanente par les fidèles traditionalistes depuis 1977. Cet édifice est devenu le principal point de rassemblement de la communauté française, avec chaque dimanche des messes célébrées en latin attirant de nombreux croyants.
En 1988, Lefebvre avait ordonné quatre évêques, ce qui avait entraîné des excommunications automatiques. Cette décision avait été annulée en 2009 par Benoît XVI, et son successeur, le pape François, avait réhabilité en 2015 la validité des confessions et mariages célébrés par des prêtres de la communauté. Néanmoins, cette nouvelle ordination pourrait raviver les tensions avec le Vatican.
Si cette tendance traditionaliste reste minoritaire, elle suscite des inquiétudes croissantes parmi les autorités françaises. Dans son récent rapport, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) dénonçait des pratiques pouvant entraîner une "rupture avec l'environnement familial et social", et accusait la communauté d'imposer des "pressions" sur ses membres et leurs proches.







