Climat. L'agence de notation scientifique de l'Edhec a attribué des notes à près de 200 pays, selon leur vulnérabilité au changement climatique.
Et si les agences de notation s'étaient égarées concernant les véritables risques ? Pendant des décennies, l'évaluation de la dette souveraine s'appuyait sur des critères comme le déficit, le taux d'inflation et la stabilité politique. Aujourd'hui, une nouvelle approche propose d'inclure une variable longtemps négligée : la température.
Scientific Climate Ratings, affiliée à l'Edhec Business School, a récemment présenté ses "Sovereign Climate Risk Ratings", une évaluation qui note 191 États sur une échelle de A à G, en fonction des pertes économiques anticipées dues au changement climatique d'ici 2035 et 2050. Ce Nutri-Score climatique représente un indicateur concret face à de nombreux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance déjà existants.
"Nous serons certainement critiqués, mais nous croyons que les marchés doivent se baser sur des réalités tangibles, reconnait Rémy Estran-Fraioli, président de l'organisation. Nous avons informé chaque pays de sa note avant sa publication. Les scénarios extrêmes, comme celui du 'Net Zéro', n’ont selon nos analyses qu'une probabilité de 0,4 % de réalisation. Il est donc essentiel d'évaluer les situations les plus probables. Notre équipe a analysé chaque nation, leur attribuant des probabilités et évaluant les impacts économiques les plus plausibles."
Une question de latitude
La géographie joue un rôle fondamental dans cette évaluation. Comme le souligne Nicolas Schneider, économiste à l'Edhec, "la productivité optimale se situe autour de 13 degrés Celsius", ce qui désavantage les pays proches de l'équateur. Les nations déjà exposées à des températures élevées reçoivent ainsi des notes inférieures. Par exemple, le Brésil, noté E, pourrait voir sa productivité plonger de 13 % d'ici 2050 à cause du réchauffement. En revanche, les pays aux latitudes plus fraîches, tels que la Russie et le Canada, pourraient momentanément bénéficier d'une légère hausse de productivité, avant d'être rattrapés par les effets du réchauffement masqué.
Aux États-Unis, classés E, le verdict est sévère. Les régions densément peuplées et économiquement cruciales comme le Texas, la Floride et l'Arizona sont déjà au-delà de l'optimum thermique. Les États du Nord, tels que le Minnesota, affichent un potentiel plus favorable, mais cela ne compense pas l'impact négatif observé dans le Sud. En somme, la productivité générale des États-Unis devrait diminuer de 4,6 % d'ici 2035, et de 10,4 % d'ici 2050, par rapport à un scénario sans réchauffement climatique.
Ce chiffre a son poids : la crise du Covid-19 avait vainement provoqué une contraction de 3 % de la productivité américaine, un chiffre qu'un retour à la normalité avait pu résoudre. En revanche, les effets du changement climatique sont cumulatifs. "Ils s'intensifient et perdurent", prévient Estran-Fraioli.
La France moins exposée
La France, notée B, s'en sort relativement bien : elle devrait enregistrer une baisse de productivité de 2,6 % d'ici 2035, et de 5,9 % à l'horizon 2050. "Il est essentiel que les marchés prennent en compte le risque physique associé au changement climatique. Nous avons pour mission de combler cette lacune", déclare Rémy Estran-Fraioli. Utilisant des données satellitaires, Scientific Climate Ratings peut analyser les impacts de manière extrêmement détaillée, région par région. La prochaine étape sera d'évaluer individuellement les entreprises selon leur exposition aux risques climatiques. "Nous constituons une base de données approfondie pour affiner notre méthodologie", conclut le président. En bref, cela ouvre la porte à des milliers d'indicateurs additionnels sur le risque climatique et propose une nouvelle manière d'interpréter le danger.







