Bien qu'il affirme mener une vie "normale", il admet qu'il lui est difficile de "tourner la page". Interrogé sur RTL, Serge Atlaoui, avocat du droit à la vie, s'exprimera ce jeudi 2 juillet sur la douleur qu'il a endurée depuis sa libération.
"Je parviens à vivre normalement, mais cela reste ancré en moi. J'essaie simplement de faire le vide et de progresser", confie-t-il. Même s'il ne fait pas de cauchemars, chaque bruit le réveille immédiatement.
Originaire de Metz, Serge Atlaoui, aujourd'hui âgé de 61 ans, a été arrêté en 2005 dans une usine aux abords de Jakarta, où d'importantes quantités de drogues avaient été découvertes. Les autorités indonésiennes l'ont rapidement désigné comme un "chimiste", ce qu'il a toujours nié, soutenant qu'il n'était qu'un technicien chargé de l'installation de machines industrielles.
Des conditions de détention inhumaines
Initialement condamné à la réclusion à perpétuité, la Cour suprême indonésienne a alourdi sa peine, l'assignant à la peine de mort en 2007. "C'était l'enfer. Nous étions trois dans une cellule de 6m², sans eau ni sanitaire. La porte était fermée de 17h à 6h", se remémore-t-il.
"À ce stade, le soutien et la force mentale étaient indispensables. Grâce à eux, j'ai tenu bon", déclare celui qui a passé 17 ans sous la menace de la peine capitale.
Il a appris à se préparer mentalement à sa mort, affirmant que l'acceptation de sa situation était essentielle pour avancer. "Ce fut un dur combat de perdre le contrôle de ma vie, de dépendre des autres pour ma survie", ajoute-t-il.
Un cas emblématique
Son histoire a ému l'Indonésie et la France, où des figures politiques se sont mobilisées en défense de sa cause. Connu comme un symbole pour l'abolition de la peine de mort, Serge Atlaoui devait initialement être exécuté en 2015, mais a bénéficié d'un sursis grâce à une forte pression diplomatique de la France.
Rapatrié en France en 2025, sa peine a été réduite à 30 ans par un tribunal de Pontoise. Bien qu'éligible à la libération conditionnelle depuis 2011, cette trêve ne lui a été accordée qu’en juillet 2025.
"Ce qui est perdu est perdu, mais je veux profiter de ce qui me reste", s'engage-t-il après un an de liberté retrouvée.
Un plaidoyer pour la vie
Serge Atlaoui a été impressionné par le travail des associations lors du 9e congrès mondial contre la peine de mort à Paris. "Je souhaite apporter ma contribution pour aider d'autres condamnés à retrouver leur liberté", espère-t-il.
Bien qu'il comprenne les souffrances des familles de victimes dans un contexte de crimes violents, il insiste sur le fait que la vie ne doit pas être prise. "Punir est une nécessité, mais ôter la vie n'est pas la solution", conclut-il.







