ENTRETIEN. Dans un rapport percutant, le député UDR Charles Alloncle détaille les réformes nécessaires pour revitaliser un service public qu’il considère en déclin, touché par des dérives tant idéologiques que financières.
Valeurs actuelles. Quelle doit être la mission et l'ambition de l'audiovisuel public ?
Charles Alloncle : La commission que j’ai dirigée n’a pas eu pour but de malmener l’audiovisuel public, comme certains adversaires l'ont insinué. Au contraire, elle vise à exposer ses dysfonctionnements afin d’y remédier et de préserver ses missions essentielles.
Ces missions incluent une information locale que le secteur privé ne peut pas fournir, une éducation et une transmission de savoirs souvent négligées, ainsi qu'une valorisation de notre culture. L’audiovisuel public devrait être un vecteur de notre patrimoine et non un simple outil de divertissement.
Est-ce suffisant pour justifier l'éventualité d'une privatisation totale ?
Il est urgent de réformer. La situation actuelle est alarmante. L'audiovisuel public doit impérativement bénéficier d'un électrochoc pour corriger ses pratiques, assainir ses finances et clarifier ses missions.
Je crois fermement en l’utilité d’un service public, mais il doit être recentré sur l’intérêt général, exempt de conflits d’intérêts, et gérer de manière rigoureuse ses finances.
Les dirigeants ont l’opportunité de transformer cette crise en catalyseur de réformes. Le temps presse, et une inaction aura des conséquences plus radicales.
Je milite pour l'éradication des journalistes d'opinion « made in service public », qui affichent souvent des opinions biaisées tout en prétendant à une neutralité fictive.
Vous suggérez un système de transparence encadré. Cela ne risque-t-il pas d’être illusoire ?
L’audiovisuel public devrait redevenir un lieu de pluralisme, un forum où toutes les voix politiques peuvent s'exprimer équilibrées. Cela nécessite que ceux qui animent ces débats aspirent à la plus grande objectivité possible.
Il est impraticable d'organiser un débat rationnel si le journaliste lui-même est soupçonné de partialité, comme l'illustre le cas de Linh-Lan Dao, qui a fait débat en raison de ses engagements politiques connus.
Cette exigence de neutralité doit également s'appliquer aux éditorialistes. Je propose d'inviter une diversité de journalistes issus de différents médias, reconnus pour leurs opinions, afin d'assurer la pluralité sur France Inter et France 5.
Pourquoi fusionner France 2 et France 5 ?
Le constat est simple : les Français financent une immense quantité de chaînes publiques, ce qui soulève la nécessité d’optimiser les ressources. L'objectif n'est pas de supprimer des émissions d'information, mais de les intégrer à une chaîne plus forte et plus claire.
Cela pourrait générer des économies significatives tout en rétablissant une identité claire à l'audiovisuel public.
De plus, cela vise à combattre le fléau de l'externalisation. Une grande partie des dépenses de France Télévisions sont aujourd'hui externalisées à des sociétés privées, ce qui est incompréhensible compte tenu du nombre d’employés du service public. Le contrôle de l'information doit revenir à ceux qui la diffusent, c’est-à-dire à nous-mêmes, les fonctionnaires du service public.
Quant aux fonds publics, la transparence et l'exemplarité doivent être des impératifs.
Vous préconisez un changement dans la désignation des dirigeants. Pourquoi ce choix ?
Il y a eu beaucoup de désinformation récemment, notamment que je voulais un retour à un système autoritaire. Ce n'est pas vrai. Je défends un processus où le président propose des personnalités, mais le choix doit passer par un vote législative, avec un avis de l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).
Cette démarche serait plus démocratique et plus transparente que le système actuel, où quelques membres de l'ARCOM ont une décision sans légitimité démocratique. La distinction entre nomination et contrôle est cruciale pour amener plus de neutralité dans les décisions.
Vous souhaitez également encadrer le pantouflage des cadres de l'audiovisuel public. Est-ce un problème majeur ?
J'insiste sur la nécessité que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique puisse exercer un contrôle strict sur les dirigeants de France Télévisions, à l'instar des autres responsables publics. Trop d'exemples font état de manquements sérieux.
Je prends le cas de Nathalie Darrigrand, ancienne directrice de France 5, qui après un licenciement a rejoint une société privée où elle était impliquée auparavant, ce qui soulève des questions sur l’intégrité des pratiques managériales.
Vous proposez également de mettre fin au statut d'animateur-producteur. Pourquoi cette décision ?
Cette situation est problématique : elle permet à des employés de toucher un double salaire en produisant des émissions via des sociétés privées. Au-delà des questions de double rémunération, cela soulève des problématiques de transparence budgétaire.
Des cas récents, comme celui de Nagui, illustrent cette opacité. Ce système doit cesser car il contredit l’exigence de transparence dans l'utilisation des ressources publiques.
Je ne regrette rien. J’estime que le rapport que j'ai présenté a bénéficié de la mobilisation des citoyens.
Pourquoi l'audiovisuel public est-il devenu un sujet si sensible ?
La résistance à mes recommandations a été frappante. Derrière cette opposition, se cache une idée que l'audiovisuel public appartient à un certain camp politique. Remettre en question cette domination est perçu comme une menace. Ma volonté de transparence a suscité des réactions violentes, car elle touche à des intérêts financiers cruciaux chez certaines sociétés de production.
Avez-vous des regrets concernant la forme de la commission ?
Je n’ai aucun regret. La participation active des citoyens a été essentielle pour faire valoir le rapport. Plutôt que de dépendre des médias pour relayer notre travail, j'ai préféré les réseaux sociaux pour garantir une transmission directe, sans filtre. Cela a eu un impact significatif sur la mobilisation populaire.
J’espère que cette initiative entraînera une plus grande responsabilité dans l’utilisation des fonds publics, permettant ainsi de rompre avec la culture d'impunité.
Quelle serait votre vision pour le ministère de la Culture ?
Le ministère de la Culture doit devenir le garant de l'héritage culturel français, renforçant la mémoire collective tout en promouvant notre patrimoine. Malheureusement, une part trop faible de son budget est affectée à la préservation du patrimoine en péril. Cela ne correspond pas à l’importance de notre histoire.
Je préconise de réduire d'un tiers le budget de l'audiovisuel public pour réaffecter ces fonds à la sauvegarde de notre patrimoine et au désendettement de l'État.
Un tel plan pourrait permettre la réouverture de nombreux lieux historiques, assurant la transmission de notre culture aux générations futures et favorisant ainsi un élan économique significatif dans nos territoires.







