Alors que les démissions de maires se multiplient à travers le pays, Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France, souligne un malaise profond. Entre violence, complexité croissante des mandats et évolutions législatives récentes, il dresse un tableau de cette crise et explore les réponses mises en place.
La Dépêche du Midi : Quel regard portez-vous sur les démissions des maires ?
Jean-François Vigier : C'est une préoccupation majeure. Chaque démission soulève des questions sur les motivations qui poussent un maire à abandonner un mandat confié par ses concitoyens.
Il est d'autant plus préoccupant que ces élus ont souvent du mal à exprimer leurs difficultés avant de quitter leurs fonctions, préférant porter seuls leurs fardeaux jusqu'à l'épuisement.
Quels sont les principaux facteurs de ces démissions ?
Ce phénomène est multifactoriel : la gestion de mandats de plus en plus complexes, des équipes municipales exigeantes et des oppositions parfois virulentes. Les agressions, qu'elles soient physiques, verbales ou numériques, contre les maires ont atteint un pic en 2023, année marquée par une intensification de ces violences. Ces incidents, qu’ils soient symboliques ou réels, laissent des séquelles profondes.
Quelles actions l'association des maires de France a-t-elle entreprises pour soutenir ces élus ?
Nous avons engagé un dialogue avec les pouvoirs publics pour améliorer le statut des élus. Des avancées significatives ont été réalisées, notamment concernant la formation et les conditions d'exercice des mandats. De plus, les nouveaux maires bénéficient désormais d'outils pédagogiques leur permettant de se familiariser avec les aspects juridiques et budgétaires de leur mission.
Quelles réformes ont été adoptées pour renforcer la sécurité des élus ?
La loi de décembre 2025 a été une avancée majeure, consacrant une protection fonctionnelle pour les élus menacés ou agressés. Désormais, la commune prend en charge les frais de justice et de défense, un soutien essentiel qui éloigne les craintes d'éventuelles représailles et encourage les élus à se défendre. Par ailleurs, cette loi, en complément de celle de 2024, renforce les sanctions contre les agresseurs, plaçant les élus au même rang que les forces de l'ordre en matière de protection.
Y a-t-il des mesures concernant le quotidien des maires ?
Oui, cette législation permet également le remboursement des frais liés à la garde d'enfants ou à l’assistance de personnes vulnérables. Elle favorise également la reconnaissance des compétences acquises par les élus étudiants et les élus en situation de handicap.
Quels axes d'amélioration reste-t-il concernant le statut des maires en France ?
Les défis persistent, surtout en ce qui concerne les violences en ligne qui nuisent à l'image des élus et refroidissent les vocations. Nous devons aussi continuer à alléger la bureaucratie et simplifier les normes administratives afin de réduire la charge pesant sur les maires.
Selon des experts, comme l'Observatoire des maires, cette complexité administrative est l'une des raisons clés qui expliquent le désengagement de nombreux élus. Les solutions envisagées, telles que la digitalisation des démarches administratives, pourraient constituer une réponse efficace à cette crise.







