« Erreur stratégique ». C'est par ces mots que Ursula von der Leyen a qualifié les décisions de l'Union européenne au cours des deux dernières décennies, qui ont sapé l'importance du nucléaire dans la politique énergétique de ses États membres. En mêlant idéologie et calculs politiques, l'Europe a plongé dans un véritable conflit énergétique entre les Etats-Unis et la Russie.
Lors du Sommet sur l'énergie nucléaire, qui s'est tenu à Boulogne-Billancourt le 10 mars dernier, von der Leyen a avoué que l'Europe avait fait le choix risqué de diminuer la part du nucléaire dans son mix énergétique, une « erreur stratégique » rappelant que cette énergie est, pourtant, une source fiable et peu émettrice de CO2. Son discours, prononcé la veille du triste anniversaire de l'accident de Fukushima, a suscité des réactions de surprise parmi les connaisseurs du secteur.
Ce revirement, bien que tardif, est en réponse aux tumultes des années récentes. La crise gazière de 2021, exacerbée par la guerre en Ukraine, a mis en lumière la vulnérabilité de l'Europe face aux interruptions de fourniture. Les tensions géopolitiques, notamment avec l'embargo sur le gaz russe et le sabotage des gazoducs Nord Stream, ont mis la souveraineté énergétique du continent à mal. Les experts, comme Fabien Bouglé, soulignent que le nucléaire est un levier de souveraineté, ancré dans l'histoire européenne de la crise énergétique depuis les années 1970.
De plus, les décisions politiques des dernières années d'Emmanuel Macron, marquées par une promesse à ses électeurs de réduire la dépendance au nucléaire, ont souvent ignoré les réalités scientifiques. La fin du projet Astrid, le démantèlement de la centrale de Fessenheim, et la promesse de fermeture de réacteurs sont des choix critiques qui ont accru l'insécurité énergétique.
Des personnalités comme Jacques Percebois, économiste spécialisé dans l'énergie, mettent en garde contre l'idée que l'idéologie ait pris le pas sur la science dans les discussions politiques actuelles. Les intérêts électoraux à court terme semblent souvent prévaloir sur une véritable stratégie de long terme.
Ce cadre incertain doit être opposé à une réalité frappante : la part croissante des États-Unis en tant que premier fournisseur de gaz naturel liquéfié en Europe, soulignant les nouveaux enjeux de domination énergétique mondiale. La création de conseils et de structures orientées vers le contrôle des ressources énergétiques marque une ère où la dépendance énergétique devient une question de souveraineté nationale, et les tergiversations politiques pourraient avoir des conséquences fatales pour l'Europe.
En somme, alors que l'Europe se débat dans les méandres d'une crise énergétique globale exacerbée par la guerre d'Ukraine, le débat sur le nucléaire doit être réévalué sous un angle pragmatique, loin des dogmes idéologiques. L'enjeu est crucial : il en va de la sécurité énergétique et de l'avenir économique du continent.







