D'après les dernières évaluations d'Eurostat, le PIB par habitant en France a atteint 40 700 euros en parité de pouvoir d’achat, se situant au onzième rang parmi les pays européens, à égalité avec Chypre et légèrement au-dessus de l'Italie, qui affiche 39 900 euros. En pratique, cela représente un écart de 2% par rapport à la moyenne européenne de 41 600 euros.
Dans cette course économique, le Luxembourg et l'Irlande demeurent largement en tête, avec des PIB respectifs de 99 300 euros et 98 800 euros, suivis par les Pays-Bas à 55 600 euros. À l'échelle des voisins directs, seule l'Allemagne (47 900 euros, 6e) et la Belgique (47 700 euros, 7e) se positionnent dans le top 10, tandis que la France fait face à un dilemme économique.
Le PIB par habitant : un indicateur aux nuances trompeuses
Depuis 2021, le PIB par habitant français se maintient sous la moyenne de l'UE, ce qui soulève des interrogations sur la santé économique du pays. En 2022, l'Italie a même temporairement dépassé la France, alors que ce dernier avait un PIB par habitant de 6% inférieur il y a une décennie. Cette ascension italienne soulève des questions quant à la durabilité de ses performances.
Les économistes s'accordent à dire que ces chiffres ne reflètent pas nécessairement une perte de puissance économique pour la France. "Il ne s'agit pas d'une réelle diminution de richesse," explique Dorothée Rouzet, cheffe économiste à la Direction générale du Trésor, dans une interview donnée à BFM Business. "C'est plutôt un signe que la France n'enrichit pas aussi rapidement que ses voisins."
Elle souligne que le PIB par habitant, qui divise la richesse générée par la population, ne fournit qu'un aperçu limité du niveau de vie réel. Prenons par exemple le Luxembourg, dont le PIB par habitant est 239% supérieur à la moyenne de l'UE. Cette situation est en partie due à la forte affluence de travailleurs frontaliers, dont une grande portion des salaires est dépensée en France et non au Luxembourg. Par conséquences, le pays affiche également un taux de pauvreté plus élevé que la moyenne européenne.
Quant à l'Irlande, bien qu'elle présente un PIB par habitant représentant 137% de la moyenne européenne, il est important de considérer les effets des multinationales basées sur son sol qui, bien que contribuant à gonfler le PIB, rapatrient une partie significative de leurs bénéfices à l'étranger.
Les enjeux de la concurrence économique avec l'Italie
Le rattrapage de l'Italie est particulièrement remarquable. Le pays, longtemps considéré comme un membre du "Club Med" pour ses performances économiques inférieures, a réussi à améliorer son PIB par habitant, notamment grâce à des initiatives de rénovation énergétique comme le Superbonus. Cependant, cet effet pourrait être temporaire, car une majorité de cette croissance est liée à des investissements dans l'immobilier, ce qui ne garantit pas une amélioration durable.
"La France souffre d'un effet démographique," ajoute Rouzet. "Moins de naissances en Italie, par exemple, signifie une production de richesse par habitant plus élevée sur le papier, mais cela n'est pas une solution à long terme."
En somme, bien que la situation actuelle puisse susciter des moyens d'inquiétude, il est essentiel de garder à l'esprit que ces comparaisons de PIB nécessitent une analyse profonde et nuancée. Des mouvements tactiques pour renforcer la compétitivité de la France seront sans doute nécessaires pour inverser cette tendance à la stagnation.







