Avec leur combinaison de divertissement et d'engagement, les jeux vidéo sont devenus un instrument puissant dans la réflexion sociale et politique. Bien plus que de l'amusement, cet univers complexe tisse des relations de pouvoir et diffuse des idéologies. Marijam Did, après des années d'analyse et de recherche, met en avant des réalités souvent occultées en jetant un regard critique sur le secteur.
Dans son livre, publié par Le Passager clandestin, elle analyse l'importance grandissante des jeux vidéo dans nos sociétés contemporaines. Elle a contribué à des médias de renoms tels que The Guardian et Vice, et a cofondé le premier syndicat des travailleurs du secteur. Au fil de son parcours, Marijam souligne que le jeu vidéo dépasse le statut de simple divertissement.
BFM Tech : Quelle a été votre première rencontre avec l'univers des jeux vidéo ?
Marijam Did : Ayant grandi dans une zone défavorisée en Lituanie, je dois mon introduction aux jeux à mon père qui avait apporté un ordinateur chez nous. Mon frère a rapidement trouvé des moyens de contourner la loi pour accéder à des jeux, et ainsi notre famille a découvert cet univers. Les jeux de tir ont marqué mon enfance, en commençant par des titres comme Doom, puis en progressant vers The Sims, qui offrait une forme d’évasion, surtout grâce aux codes de triche permettant de s'enrichir rapidement dans le jeu.
Plus tard, à Londres, j'ai déménagé dans un milieu où les jeux vidéo étaient souvent stigmatisés. J'ai mis ma passion de côté, mais au fil des ans, j'ai réalisé leur potentiel en tant qu'espace d'engagement et de culture politique.
Les jeux vidéo et le soft power américain
En effet, les jeux comme Conflict: Desert Storm et Medal of Honor illustrent une dérive où l'industrie devient un vecteur de la propagande américaine. Dès les années 90, des fonds considérables ont été investis par le gouvernement américain pour promouvoir cette forme de soft power dans les jeux vidéo.
Marijam Did souligne que, aujourd'hui, cette tendance est généralisée, avec des pays comme l'Arabie Saoudite ou la Chine créant des jeux avec des messages politiques forts, chacun cherchant à façonner son image sur la scène mondiale.
Les jeux vidéo, un miroir de nos sociétés ?
Les joueurs d'aujourd'hui développent souvent une approche mécanique, perdant de vue le message émotionnel véhiculé par les récits qu'ils explorent. Marijam rappelle que la culture, quel qu'en soit le domaine, est politique. Cette réalité émerge particulièrement lorsque les joueurs sont confrontés à des narrations abordant des thèmes sensibles comme la santé mentale ou la représentation des genres.
Elle met également en lumière les enjeux sociaux souvent absents des discussions autour des jeux, expliquant que l'industrie, malgré sa philanthropie apparente, reste structurée autour des mêmes dynamiques économiques que les secteurs traditionnels.
Comment améliorer l'industrie du jeu vidéo ?
Marijam pense que des changements structurels sont nécessaires. Les initiatives comme des labels de commerce équitable dans l’industrie pourraient renforcer la transparence sur la production des jeux. De plus, avec des jeux au pouvoir culturel croissant, le débat sur les conditions de travail des développeurs doit perdurer, afin de ne pas sacrifier la qualité au profit du profit.
Face aux défis constants de l'industrie, comme les licenciements massifs et la concentration de pouvoirs entre quelques acteurs majeurs, cette réflexion est plus que jamais essentielle pour évoluer vers un secteur plus équitable et responsable.







