La cancoillotte, autrefois confinée aux frigos des Franc-comtois, s'impose désormais sur la scène nationale. En 2025, ses ventes ont atteint près de 6.700 tonnes, enregistrant une augmentation de 7,5% par rapport à l'année précédente, d'après les données de l'Association de promotion de la cancoillotte (APC). Cela représente une hausse totale de 35% depuis 2017, témoignant d'un regain d'intérêt sans précédent pour ce fromage fondant.
"L'objectif est clair : dépasser les 7.000 tonnes en 2026," précise Julie Morin, présidente de l'APC et directrice de la fromagerie Poitrey.
Ce fromage emblématique a longtemps souffert d'une image vieillissante, mais grâce à une stratégie de communication revitalisée initiée par l'APC en 2013, il a su changer son image. Julie Morin souligne : "La méconnaissance du produit est le principal frein. Souvent, on ne sait pas comment l'utiliser en dehors du pain ou des pommes de terre. Pourtant, il existe mille et une façons d'en profiter, même en apéritif!"
Pour stimuler l'appétit du consommateur, l'APC a exploité les réseaux sociaux pour adapter des recettes innovantes, collaborant avec des chefs cuisiniers pour mettre en avant les atouts nutritionnels du fromage, qui affiche un taux de matière grasse de 8 à 10%.
Les vidéos de dégustation ayant fait le tour de TikTok ont également joué un rôle crucial dans la sensibilisation d'un public plus jeune. "Cela a indéniablement modernisé notre image et élargi notre audience," ajoute Mme Morin.
Parallèlement, l'obtention d'une Indication Géographique Protégée (IGP) en 2022 a accentué la reconnaissance de ce produit traditionnel. Ce label, moins strict que l'Appellation d'origine protégée (AOP), a permis de booster la visibilité de la cancoillotte tout en célébrant le savoir-faire des producteurs locaux.
Un peu plus de 16% des foyers
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : d'après NielsenIQ, le marché de la cancoillotte en grande distribution a atteint un chiffre d'affaires de 49,2 millions d'euros sur une période de 52 semaines, enregistrant une hausse de 14% en trois ans. Cela représente 16,3% des ménages français qui ont acheté au moins une fois de la cancoillotte.
"Cette croissance est largement due à un plus grand nombre de foyers qui se mettent à l'acheter," note NielsenIQ.
Cette réussite s'explique également par l'élargissement de la gamme avec des arômes variés comme le piment d'Espelette ou le pesto. Les producteurs de cancoillotte, encouragés par des décennies d'innovation, mélangent tradition et créativité. "C'est important d'innover, mais il faut savoir garder notre identité," insiste Julie Morin.
Toutefois, des défis subsistent. En dehors du nord-est de la France, la consommation de cancoillotte peine à décoller. Les marques de distributeurs, qui se font un nom sur ce marché, offrent de nouvelles options, mais cela complique la visibilité des producteurs indépendants. "La route est encore longue et certains marchés, comme le sud de Lyon et l'ouest de Paris, restent difficiles d'accès," déclare Julie Morin.
Pourtant, l'avenir semble prometteur pour la cancoillotte. La filière projette de maintenir un rythme de croissance de 5% en 2026 pour dépasser la frontière symbolique des 7.000 tonnes. "Il est essentiel de rester vigilants quant aux prix," conclut Julie Morin, qui a reçu de nombreuses remarques de consommateurs préoccupés par l'augmentation des coûts. En 2025, le prix moyen d'un pot s'élevait à 2,49 euros, un montant qui pourrait influencer les habitudes d'achat.







