La finance islamique connaît une forte expansion en Afrique. Pour diversifier leurs sources de financement, plusieurs États émettent des sukuk, formant ainsi une alternative aux emprunts traditionnels. En début d'année, le Bénin a lancé avec succès son premier sukuk, collectant 500 millions de dollars, tandis que l'Algérie a suivi avec une émission de près de 2 milliards d'euros, comme l'indique le média Ecofin.
Le Sénégal, pionnier dans ce domaine, prévoit également une quatrième émission très prochainement.
Selon des données fournies par l'agence de notation Fitch à Reuters, les émissions de sukuk en Afrique ont atteint 3 milliards de dollars l'année dernière, dont 2,8 milliards provenaient de l'Égypte, qui a réalisé son retour sur ce marché après une pause d’un an, contre 112 millions de dollars en 2024. En comparaison, les pays africains ont émis un total de 13 milliards de dollars d'obligations classiques.
Les sukuk se sont donc affirmés comme une ressource de financement alternative non négligeable. Alors que le financement traditionnel repose sur des intérêts prohibés par la loi islamique, les sukuk permettent de rémunérer les investisseurs d'une manière conforme aux préceptes musulmans. Comme l'explique Ghassen Bouslama, professeur au département Finance de Neoma, "Les titres sont adossés à des actifs tangibles et conformes à la loi islamique. Leur rémunération est liée à celle de l'actif concerné".
Investir dans un sukuk revient à devenir actionnaire d'une entreprise publique, touchant une part des revenus générés sans passer par des taux d'intérêt. Par exemple, lors de précédentes émissions, les sukuk sénégalais étaient adossés à des actifs de l'aéroport Léopold-Sédar-Senghor de Dakar, avec un rendement annoncé de 6 % par an, d'après le média Le Soleil.
Un marché en forte croissance
Étant particulièrement adaptés au financement d'infrastructures, ces sukuk interviennent dans un contexte où l'Afrique souffre d'un manque de capitaux pour soutenir son développement, le déficit étant estimé à 150 milliards de dollars par an. Cependant, leur mise en place nécessite un cadre légal et technique sophistiqué.
Ghassen Bouslama souligne également l'importance de ces instruments pour diversifier les sources de financement des nations concernées, attirant de nouveaux investisseurs musulmans, tels que les fonds d'investissement du Golfe. "Cela permet d'attirer des liquidités considérables", affirme-t-il, faisant référence à un article de recherche sur le sujet.
Avec un resserrement des financements pour plusieurs pays africains, comme le Sénégal dont le gouvernement fait face à des accusations de dissimulation de dettes, ces sukuk apparaissent comme une bouffée d'air frais. Fin 2025, l'agence de notation Standard & Poors (S&P) a abaissé la note de la dette à long terme du Sénégal à "CCC+", rendant l'accès au marché obligataire plus difficile.
Cependant, bien que l'Afrique représente encore une petite part du marché global des sukuk, avec des émissions atteignant 264,8 milliards de dollars américains en 2025 (+13 %), le potentiel de croissance reste immense. L'encours total dépasse les 1.000 milliards de dollars, avec des pays européens comme le Royaume-Uni qui explorent également ces options de financement.







