Toxique et omniprésent, le cadmium est un métal lourd que l’on trouve naturellement dans les sols, mais également introduit par les pratiques industrielles et agricoles, principalement à travers les engrais phosphatés.
- Un enjeu majeur pour la santé publique -
Dans un rapport récemment publié, l'agence de sécurité sanitaire Anses confirme que, hors tabac, l'alimentation est la première source d'exposition au cadmium en France, classé comme « cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ».
L'exposition prolongée au cadmium est désormais avérée comme étant particulièrement dangereuse : elle est considérée comme un « cancérogène certain pour le poumon », en plus de provoquer des lésions rénales et une fragilité osseuse.
Selon l'Anses, une part significative de la population dépasse les seuils sanitaires établis durant leur vie.
Les produits à base de céréales (comme le blé et le riz) sont les principales sources d’exposition, malgré le fait qu’ils contiennent moins de cadmium que d'autres aliments comme les crustacés, le chocolat ou les abats.
- Les origines du cadmium -
Le cadmium est un élément chimique que l'on retrouve naturellement dans les sols, notamment dans les roches sédimentaires. En France, les concentrations les plus élevées de cadmium se retrouvent dans les régions de roches calcaires comme la Champagne, la Charente et le Jura, avec une moyenne de 0,30 mg par kilogramme de terre, selon l'institut de recherche Inrae.
« Aujourd'hui, environ 50 à 70 % du cadmium dans les sols provient des engrais phosphatés », explique Thibault Sterckeman, ingénieur agronome à l'Inrae. Cependant, il précise que même si ces fertilisants sont la principale source de pollution, ils ne représentent que 0,1 % du stock total de cadmium dans le sol.
La majorité de la contamination présente dans les sols est ancienne, résultant d’activités géologiques ou industrielles, notamment dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. La pollution atmosphérique d'origine industrielle a considérablement diminué, mais l'utilisation continue des engrais reste une préoccupation à laquelle il est possible de remédier rapidement.
- La France dans le contexte européen -
D'après une étude menée par le centre de recherche européen sur les sols, la concentration moyenne de cadmium en Europe est de 0,20 mg par kg de terre, tandis que la France présente une teneur légèrement plus élevée, à 0,25 mg. D'autres pays, comme la Pologne (0,37 mg) et l’Irlande (1,04 mg), affichent des niveaux supérieurs, tandis que l'Allemagne et la Finlande se situent sous cette moyenne.
Les résultats de l'Anses confirment une situation préoccupante, mais l’ampleur exacte de l’exposition reste débattue et nécessitera des évaluations supplémentaires.
- Réduire l'exposition : des mesures à mettre en œuvre -
Pour endiguer ce problème, l'Anses recommande d’intervenir à la source en diminuant la teneur en cadmium des engrais : cela peut être fait en privilégiant des gisements à faible concentration ou en employant des procédés de « décadmiation ».
L'agence conseille de réduire immédiatement le seuil maximal permis de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg, contre 90 mg/kg actuellement en France, et 60 mg/kg en Europe.
En réponse aux préoccupations soulevées, le ministère de l'Agriculture a indiqué qu'il contemplate un abaissement graduel des seuils, visant 60 mg/kg d'ici 2027, passant à 40 mg/kg en 2030, et 20 mg/kg d’ici 2038.
L'OCP, principal fournisseur de la France, annonçait avoir considérablement réduit la teneur de cadmium dans ses produits, avec des livraisons d'engrais contenant moins de 20 mg/kg prévues pour février 2025.
Pour le ministère, un abaissement trop brusque pourrait avoir des conséquences sur l'approvisionnement ainsi que sur la souveraineté alimentaire et économique du pays.
Enfin, l'Inrae recommande de limiter l'utilisation d'engrais de synthèse et de privilégier des variétés de céréales moins sujettes à l'accumulation de cadmium pour réduire le risque d'exposition.







