Les agriculteurs français sont de plus en plus inquiets face à une recrudescence des vols dans leurs exploitations. Le projet de loi d'urgence agricole, actuellement débattu à l'Assemblée nationale, prévoit des sanctions renforcées pour les infractions commises au sein des exploitations. "Aujourd’hui, les exploitations sont la cible de voleurs qui s'attaquent à tout : bétail, récoltes, matériel et carburant. Dans le Doubs, des chevaux ont été dérobés", a déclaré Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, en évoquant la situation alarmante pour les agriculteurs.
Selon le projet de loi, présenté en séance publique mardi, un vol dans une exploitation agricole serait désormais considéré comme un vol aggravé, ce qui alourdirait les peines allant de 3 à 5 ans d'emprisonnement et de 45.000 à 75.000 euros d'amende. Ce changement majeur vise à mettre en lumière la vulnérabilité des exploitations agricoles, souvent isolées et difficiles à surveiller.
Cédric Seimandi, un agriculteur des Bouches-du-Rhône, témoigne de la problématique grandissante : "34 plants d'amandiers que j'avais récemment plantés ont été volés. Les vols opportunistes, notamment celui de 500 kilos d'ail, sont de plus en plus fréquents. Pour se protéger, des agriculteurs mettent en place des barrières, ce qui n'était pas courant auparavant." Un sentiment d'impuissance envahit le milieu agricole: "C'est un dégoût qui va au-delà de la simple perte économique", souligne-t-il.
"Un tracteur immobilisé pendant dix jours à cause d'un équipement volé crée des problèmes en cascade", s'alarme Romain Blanchard, secrétaire général adjoint de la FNSEA.
Les chiffres de la Gendarmerie nationale sont parlants : en 2025, 15.104 faits d'atteintes aux biens en milieu agricole ont été répertoriés, un volume qui reste élevé depuis 2017. Avec la diminution du nombre d'exploitations, la vulnérabilité des agriculteurs face à cette montée de la délinquance ne fait qu'augmenter.
Des réseaux criminels organisés en action
Des cas d'ampleur, notamment dans la région d'Aix-en-Provence, où 450 kilos de fraises ont disparu, posent question : sont-ils le signe d'un réseau organisé? Ces voleurs, au-delà de prendre des récoltes, s'intéressent également à l'équipement électronique coûteux comme les GPS. Plus d'un millier de GPS agricoles ont été volés en 2025, avec une perte financière moyenne de 25.000 euros par vol.
"Des gangs structurés ciblent des exploitations vulnérables, exportant leur butin en Europe de l'Est", précise un rapport de gendarmerie.
Un vaste trafic international de GPS agricoles, récemment démantelé en Occitanie, a révélé un réseau criminel lituanien opérant sur tout le territoire national et exportant le matériel volé vers des filières de recel. Avec plus de 150 affaires identifiées et un préjudice total estimé à 2,5 millions d'euros, cette situation met en lumière l'ampleur du phénomène.
Pour les agriculteurs, le projet de loi représente une lueur d'espoir, bien que beaucoup se demandent si des sanctions plus sévères suffiront à dissuader les voleurs. "Le monde agricole mérite des mesures de soutien qui vont au-delà de la répression", conclut François Walraet, représentant de la Coordination rurale.
Pour en savoir plus sur le projet de loi d'urgence agricole.







