Le sociologue et éminent intellectuel suisse Jean Ziegler est mort mercredi à 92 ans, victime de la maladie de Parkinson, comme l'a indiqué sa famille à l'agence Keystone-ATS.
Ziegler a marqué la gauche suisse par son engagement intellectuel et politique. Professeur à l'Université de Genève, auteur prolifique et diplomate à l'ONU, il s'est fait connaître pour sa critique acerbe d'un capitalisme qualifié de "cannibale" et a plaidé pour l'éradication des inégalités, dénonçant également le rôle souvent problématique du système bancaire suisse.
Originaire de Thoune, dans une famille protestante conservatrice, il a connu une transformation idéologique au cours de ses études à Paris, où il croise des figures iconiques comme Jean-Paul Sartre. Sa rencontre décisive avec Che Guevara à Genève le pousse à mener son combat depuis la Suisse, qu'il considère comme un pilier du capitalisme mondial.
Ses ouvrages, traduits dans de nombreuses langues, lui ont valu une vaste renommée internationale. Parmi eux, "Une Suisse au-dessus de tout soupçon" critique le secret bancaire et le pouvoir des grandes entreprises, tandis que "La Suisse lave plus blanc" et "La Suisse, l'or et les morts" dénoncent le comportement de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Ces travaux lui attirent autant de supporters que d'opposants, provoquant même des poursuites judiciaires.
En plus de sa carrière académique, Ziegler a été député socialiste au Parlement suisse de 1967 à 1983 et de 1987 à 1999. Par la suite, il a exercé en tant que rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation entre 2000 et 2008, période durant laquelle il a plaidé contre la famine à l'échelle mondiale et critiqué les politiques de la Banque mondiale et du FMI.
Sa carrière n'a pas été sans controverses : Ziegler a été critiqué pour ses liens avec des dirigeants comme Mouammar Kadhafi ou Fidel Castro. Ses partisans ont souvent argué que ces positions découlaient de son engagement tiers-mondiste, tandis que ses détracteurs lui reprochaient un manque de jugement critique.
Le Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a souligné Ziegler comme un "combattant pour les populations vulnérables", le qualifiant de "champion de l'écosystème des droits humains" et d'une personnalité forte.
En France, le leader de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, a salué l'engagement indéfectible de Ziegler, affirmant sur X que "peu d'hommes ont conservé un engagement intellectuel et militant aussi constant, même au milieu de l'incertitude politique". Il a souligné que l'héritage de Ziegler réside dans sa persévérance et sa détermination face à l'adversité.







