Les "pneus d'extrême", développés par Michelin et destinés à divers engins tels que les avions, les camions miniers ou les matériels agricoles, se sont imposés comme le segment le plus lucratif du groupe français. Cependant, leurs innovations n'ont que quelques années d'avance sur celles des fabricants chinois.
"Nous avons cinq ou six ans d'avance sur les Chinois", a déclaré Alexis Garcin, responsable de ces activités, ajoutant que cet avantage est mince au regard des ambitions rapides de la Chine. "Ces secteurs sont une priorité pour leur plan quinquennal, d'où la nécessité d'anticiper constamment", a-t-il précisé.
Le PDG Florent Menegaux a également souligné, sur BFM Business, que ces pneumatiques illustrent le summum de l'innovation et de la performance, en étant soumis à des conditions d'utilisation extrêmes, que ce soit pour l’aviation, le génie civil ou l’agriculture.
Un investissement stratégique en Almeria
Lors d'une visite historique qui a marqué 20 ans de secret industriel, Michelin a ouvert les portes de son centre de test à Almeria, où sont réalisées des évaluations rigoureuses de nouveaux prototypes et des innovations. Cette branche génère déjà 17 % du chiffre d'affaires de Michelin, avec une marge opérationnelle atteignant 13,1 %, nettement supérieure à celle des pneus conventionnels pour véhicules.
La demande pour les pneus dédiés aux engins miniers est en forte expansion. En effet, cette catégorie a enregistré une croissance de 2,5 % en volume même lorsque les ventes globales de pneus du groupe ont reculé de 1,4 % durant le premier trimestre.
À Almeria, des tests d'endurance sur simulateurs et sur le terrain se déroulent, mettant à l'épreuve les pneus sur des chaussées boueuses ou en pente. Les équipes utilisent des exosquelettes pour améliorer leur efficacité lors des inspections manuelles des pneus, où chaque couche est minutieusement analysée.
Un titan de l'industrie à Almeria
Parmi les véritables stars de ce centre, on trouve les pneus de 63 pouces, mesurant plus de 4 mètres de diamètre, qui équipent les énormes camions Caterpillar, parfois chargés de matériaux jusqu'à 600 tonnes. La rareté de ces camions – seulement 4,500 dans le monde – et le coût élevé de chaque pneu, qui frôle les 50,000 euros, renforcent leur importance dans l'industrie.
Kevin Maleterre, directeur de la gamme de pneus non routiers, rappelle que "si ces pneus échouent, l'ensemble de l'activité minière est paralysée". Michelin reste le leader des pneus spéciaux, avec des témoignages indiquant qu'un tiers des avions dans le monde atterrissent sur des pneus Michelin.
Florent Menegaux a affirmé que ces activités continueront d'évoluer, avec une demande croissante pour l'extraction minière et l'agriculture. En plus, Michelin est en discussion pour participer à des projets de drones terrestres pour l'armée française et fournit déjà des pneus pour des avions militaires, témoignant ainsi de sa diversification et de sa position stratégique.
Pour soutenir cette croissance, Michelin prévoit d'investir dans ses sites de production de pneus pour avions, notamment à Bourges, tout en modernisant ses autres usines à travers la France.







