"Défendons l'information" : c'est le cri du cœur de plusieurs centaines de journalistes et professionnels de la presse qui se sont rassemblés jeudi à Paris pour sensibiliser le public à la crise qui touche le secteur. Entre les coupes budgétaires, les modèles économiques en déroute et la menace croissante de l'intelligence artificielle, l'avenir de l'information est plus précaire que jamais.
Sous un soleil de plomb, le cortège a pris son départ de la place de la Bourse, à proximité du siège de l'AFP, avant de se diriger vers le ministère de la Culture. Une grande banderole proclamait "Défendons l'information, notre bien commun au service de la démocratie", soulignant l'urgence du message.
Julien Fleury, reporter à Radio France et secrétaire général du SNJ, le principal syndicat de journalistes, a déclaré à l'AFP : "D'habitude, une grève vise à obtenir quelque chose de concret, mais aujourd'hui, c'est pour l'honneur et pour nos valeurs. Nous devons alerter nos lecteurs sur le danger qui pèse sur l'information".
Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, présent parmi les manifestants, a exprimé son inquiétude : "Quand l'information est attaquée, la démocratie est menacée. Je fais ce métier depuis 50 ans, et je n'ai jamais vu une fragilité aussi marquée".
La presse fait face à de nombreux défis critiques. La crise économique qui l'affecte est exacerbée par une diminution de l'intérêt pour l'information payante et une chute des revenus publicitaires au profit des géants numériques.
Les conséquences sont déjà visibles : de nombreux plans de licenciement et d'économies ont été annoncés, touchant aussi bien la presse régionale que les magazines. Parmi les cas les plus préoccupants, le groupe Prisma a récemment annoncé un plan social prévoyant la suppression de 279 postes, soit 40 % de ses effectifs, dans le cadre de la politique de gestion du milliardaire Vincent Bolloré.
Les manifestants ont même brandi un cercueil rouge portant l'inscription provocatrice "Prisma, Bolloré m'a tuer".
La question de l'intelligence artificielle a également fait l'objet de vives inquiétudes. Par exemple, le groupe Infopro Digital projette de remplacer 19 postes de journalistes secrétaires de rédaction par cinq "chefs d'édition" assistés par l'IA, ce qui soulève des interrogations sur la qualité et l'authenticité du contenu produit.
Patricia Oudit, pigiste pour Geo, a partagé son expérience : "Cela fait dix ans que je travaille pour eux, mais mes rémunérations à la pige se sont réduites d'année en année. En presque un an, je n'ai eu qu'une seule pige". Cette préoccupation est partagée par d'autres, comme Emmanuel Gougeon, délégué SNJ à l'Yonne républicaine, qui souligne l'importance des journalistes sur le terrain pour obtenir des informations fiables.
Les syndicats craignent maintenant de rencontrer une vague de suppressions de postes au sein du groupe EBRA, qui édite plusieurs titres régionaux. Un comité social et économique est prévu le 22 juin pour discuter de l'avenir des employés.
Le climat général au sein de la presse est jugé préoccupant par plusieurs intervenants, y compris Marine Tondelier, dirigeante des Écologistes, qui a exprimé son soutien à la cause. Elle a déclaré : "La situation est un véritable problème démocratique qui devrait interpeller tous les responsables politiques, peu importe leur position idéologique".
Dans cette manifestation, de nombreux slogans reflétaient les inquiétudes face à l'évolution rapide du secteur, tels que "Dans la presse, l'IA c'est caca" ou encore "ChatGPT a-t-il sa carte de presse ?". Ces mots d'ordre témoigne de l'urgence d'une réflexion collective sur l'avenir du journalisme et de la démocratie.







