Avec des températures atteignant 25°C sur le mont Salève, la situation est idéale pour les bovins, mais les prairies françaises qui surplombent Genève sont presque désertes. Les éleveurs suisses doivent faire face à l'interdiction de mener leurs bêtes dans les alpages français, une réponse à la menace d'un retour de la dermatose nodulaire.
La canicule actuelle rend difficile le maintien des troupeaux dans des conditions de chaleur extrême, surtout pour Mathieu Meylan, éleveur à Meinier, petit village entre Genève et la France. « Voir mes vaches confinées à la ferme sous 40°C est un véritable crève-cœur », témoigne-t-il.
Ce mode d'élevage en altitude est non seulement écologique mais aussi économique, souligne cet agriculteur bio. La situation a radicalement changé depuis l'année dernière, lorsque le premier cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été signalé dans les Alpes françaises, après des cas similaires en Italie, marquant une première en Europe de l’Ouest. Bien que non transmissible aux humains, cette maladie est particulièrement dévastatrice pour les animaux, avec des mesures drastiques d'abattage préventif à chaque suspicion.
Pour préserver son cheptel de 1,5 million de vaches, la Suisse a donc décidé d'interdire la montée estivale de certains bovins dans les alpages français. La chaleur actuelle favorise la prolifération des insectes tels que les mouches et taons, qui sont les principaux vecteurs du virus. L’an dernier, environ 6.000 bovins suisses avaient été bloqués de l'autre côté de la frontière durant de longs mois à cause des mesures prises face aux mouvements de la maladie.
- Tradition pluricentenaire -
Sur ses vingt vaches, Meylan a dû en envoyer dix en pension, à plus de deux heures de route, en Valais. « Je ne peux pas les surveiller comme je le souhaiterais, et je perds une source de lait précieuse », déplore-t-il. Il estime que ces pertes peuvent atteindre entre 10.000 et 20.000 francs suisses, avec des coûts indirects pouvant grimper jusqu'à 50.000 en prenant en compte la hausse des prix des engrais et du carburant, exacerbée par des conflits internationaux.
Pour lutter contre la chaleur, il a installé des brumisateurs et continue d'entretenir les pâturages français qu'il loue. Il a pu accueillir une trentaine de vaches françaises sur ses prairies pour atténuer l'impact environnemental, malgré le risque de sécheresse et de feux.
Mathieu Meylan reste sceptique quant aux décisions des autorités suisses de santé animale, espérant un soutien financier étant donné qu'aucun nouveau cas de dermatose n'a été signalé dans la région depuis fin 2025. Les efforts de vaccination préventive, lancés dès le printemps, se poursuivent.
Historiquement, la tradition du « pacage franco-suisse », qui remonte au XVIIIe siècle, a résisté à de nombreuses crises, même militaires. Mais des décisions similaires avaient été prises dès 1745 pour prévenir les épidémies, selon l'historien J. Schluep de l'Association Suisse pour l'histoire de la médecine vétérinaire.
- « Peur » -
Yannik Melly, un éleveur au pied du Jura, relate comment ses parents envoyaient traditionnellement leurs vaches en France chaque été. Avec des parcelles dépassant la frontière, il sourit en disant que « la frontière disparaît lors des allers-retours en tracteur ». Mais face à la menace de la dermatose, il exprime sa prudence : « La peur de voir des décennies de travail disparaître en un instant m’a poussé à suivre les mesures de restriction. » Pour cette saison, il maintient la moitié de son bétail dans sa grange fraîche, équipé de brumisateurs.
À quelques kilomètres, à Bellecombe, en France, Léon Gros observe avec tristesse des pâturages vides qui devraient nourrir des vaches suisses. En temps normal, il aurait accueilli ses voisines avec ses propres laitières, mais cette année, il prévoit une perte de 3.000 à 4.000 euros. « Les vaches suisses n'ont pas beaucoup de solutions », conclut-il, conscient que les vagues de chaleur risquent de s'intensifier dans le futur, exacerbant encore davantage la crise des éleveurs de la région.







